La Tunisie francophone sous une grêle de balles amies et ennemies

L’ajournement du Sommet de la francophonie est, avant toutes choses, dû au retard pris par la Tunisie dans l’organisation de cette conférence. Il n’en reste pas moins que les médias français et canadiens et la décision de l’Asperger de Carthage de l’ »extrader » à Jerba – on sait que ce sommet provoque en ce conservateur identitaire et nostalgique de l‘Orient du Moyen Âge un sentiment de honte et de dégoût, ne nous ont pas facilité la tâche à cet égard.

La décision de Kaïs Saïed n’est guère surprenante, ce monsieur peut se vanter d’avoir toujours été égal à lui-même. En revanche, ce sont les journaleux français et canadiens qui ont mis mes nerfs à rude épreuve ces derniers jours. En effet, du temps de Ben Ali, au moment où la dictature battait son plein, le régime tunisien ne les dérangeait pas outre mesure et Ben Ali organisait des sommets mondiaux et avait droit à tous les éloges.

Aujourd’hui, alors que Saïed ne ressemble en rien à un dictateur (il semble être davantage une version ombrageuse de Don Quichotte qu’à un avatar de Pinochet), ils font la fine bouche et émettent des décisions contre nos intérêts, et notamment contre ceux des Tunisiens francophones qui ont consacré leur vie à la réhabilitation de la langue française en Tunisie.

Les journaleux de l’hexagone et leurs cousins canadiens paraissent se plaire en Théorieland et semblent prendre goût à l’islamo-gauchisme et à leur rôle d’idiots utiles. Ils doivent savoir qu’il ne suffit pas d’être muni de bonnes intentions pour prendre conscience de notre réalité, notamment celle des Tunisiens profondément francophones, et pour comprendre les véritables enjeux politiques et idéologiques qui agitent le pays. Leur argumentation repose sur une ignorance totale de la réalité tunisienne.

Ces journaleux crient à la dérive autoritaire et refusent de voir que les Tunisiens sortent d’un cauchemar qui a duré dix ans. Ils refusent de tenir compte des circonstances particulières que traversent la Tunisie, de certaines spécificités locales et de la popularité et de la légitimité dont jouit Kaïs Saïed. Ils préfèrent nous bassiner avec l’Etat de droit et la char3iya que leur ont soufflé les islamo-conservateurs. En fait, en analysant le cas tunisien, ils ne veulent pas trop s’éloigner de leurs repères culturels et du fonctionnement politique auquel ils sont habitués.

Les journalistes français et canadiens feraient mieux de nous aider à organiser cette conférence, au lieu de faire le jeu des islamistes et de leurs alliés serviles, d’autant plus que les islamistes et mercenaires en question sont particulièrement honnis par la population tunisienne, éprouvent une haine viscérale à ce qui a trait de près ou de loin à la langue française et prônent depuis toujours la substitution de l’anglais au français.

Qu’ils respectent les aspirations et la souveraineté du peuple tunisien et qu’ils arrêtent de se tromper de combat !

Pierrot LeFou