La révolte en Iran : énième tentative ou chute du régime ?
Depuis une quinzaine de jours, des opposants ont à nouveau pris la rue en Iran, espérant mettre un terme à la République islamique. Cette énième révolte aurait déjà fait 648 morts, selon Iran Human Rights.
Les mollahs tremblent mais ne tombent pas. Depuis environ dix ans, les manifestations secouent le régime iranien sans réussir à le renverser. Depuis deux semaines, des opposants sont de nouveau dans les rues, espérant mettre fin à la République islamique. Cette contestation aurait déjà causé 648 morts, selon Iran Human Rights. Ce chiffre reste à confirmer, car les dirigeants iraniens ont coupé l’accès à Internet et restreint toute communication extérieure, rendant difficile la vérification des bilans fournis par les ONG.
Cette énième révolte marquera-t-elle la révolution décisive du peuple iranien ? Il est impossible de le dire. Déjà en 2022, lorsque le mouvement « Femmes, vie, liberté » menaçait le régime, certains prédisaient sa fin imminente. Pourtant, près de quatre ans plus tard, ce soulèvement pourrait bénéficier de différences majeures avec le précédent, notamment l’affaiblissement considérable du régime.
La guerre des 12 jours
Depuis les dernières mobilisations en Iran, l’intrépide Donald Trump est revenu à la Maison Blanche. En juin dernier, il a frappé directement le principal ennemi des États-Unis, ciblant notamment ses infrastructures nucléaires pour soutenir Israël. Ce dernier a également conduit des frappes aériennes pendant cette guerre de 12 jours sur une centaine de sites en Iran.
L’opération a mis en évidence « une forte pénétration des services de renseignement israéliens en Iran », souligne Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po Paris et spécialiste des relations internationales. Cependant, cette attaque a également « provoqué un réflexe nationaliste dans la population », nuance le professeur.
Accepter aujourd’hui de négocier avec Donald Trump montre bien les faiblesses du régime, dominé par une élite vieillissante et contestée (le guide Ali Khamenei fêtera ses 87 ans en avril prochain), dans un pays étouffé par « une situation d’étranglement économique même chez les classes moyennes », précise Bertrand Badie.
La menace Donald Trump
Le président américain affiche son impatience, promettant de « frapper très fort » l’Iran si les autorités répriment les manifestants. Dimanche, il a réitéré ses menaces : « Nous étudions des options très fortes ». Bien que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, assure que son pays « est prêt pour la guerre », possède-t-il réellement la capacité de contrer les États-Unis ?
Après la guerre des 12 jours, aucune riposte n’a été orchestrée par le régime, révélant encore une fois « des signes évidents de faiblesse », estime Améli-M. Chelly, autrice de *Paris, 13 novembre 2045* (Cerf) et chercheuse associée au CADIS (EHESS-CNRS) spécialisée dans l’Iran.
Jusqu’à l’année dernière, l’Iran pouvait compter sur son « axe de résistance » et ses différents alliés : le Hezbollah, le Hamas, les Houtis du Yémen. Cependant, ceux-ci ont également été affaiblis par le duo américano-israélien et semblent incapables de contrer toute intervention étrangère sur le sol iranien. La détermination de Donald Trump pourrait alors inciter les mollahs à relâcher légèrement leur autorité, mais pour combien de temps ?
Un régime armé et qui n’a rien à perdre
À présent, ces manifestations « représentent sans doute le défi le plus sérieux auquel la République islamique ait été confrontée depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites », évalue Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po. En réponse, le régime utilise des armes lourdes et psychologiques. L’interdiction de toutes les communications leur permet de mettre en place une répression massive et « d’instaurer la terreur et la paranoïa » chez les manifestants et leurs familles, ajoute Amélie-M. Chelly.
Mais que manquent-ils à ces opposants pour réussir leurs tentatives de renversement qui ont échoué jusqu’ici ? Des armes ? « Il est difficile d’envisager des manifestants aussi armés que les Gardiens de la révolution », conclut Amélie-M. Chelly, notant que la difficulté pour les manifestants réside dans le fait que, de part et d’autre, « personne n’a plus rien à perdre ».
Ce qui pourrait enfin faire basculer l’ordre établi, « c’est le lâchage de l’appareil de sécurité », « la fraternisation avec les manifestants », estime Clément Therme, chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes, interrogé par l’AFP. Néanmoins, aucun signe apparent de fissure n’a été observé pour le moment au sein des puissants Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

