La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon veut organiser un nouveau référendum d’indépendance

Debout devant son pupitre d’Hollyrood, le parlement écossais, la Première ministre Nicola Sturgeon a enfin prononcé mardi les mots qui lui brûlaient les lèvres depuis années : « Je peux annoncer que le gouvernement écossais propose que le référendum sur l’indépendance ait lieu le 19 octobre 2023. »
Il ne fait désormais plus de doute que le choc annoncé entre la cheffe de l’exécutif écossais et le Premier ministre britannique Boris Johnson est imminent.

Pourquoi cette annonce a-t-elle lieu maintenant ?

Nicola Sturgeon est arrivée à la tête du Parti national écossais à la suite de l’échec du référendum de 2014 et la démission de la figure historique de l’indépendantisme écossais Alex Salmond. Elle avait reçu pour mission de donner un nouvel élan à son parti, dont la raison d’être venait d’être annihilée par le rejet massif des électeurs (55,3 % contre 44,7 %).

Le résultat d’un autre référendum, celui sur le Brexit, organisé deux ans plus tard, lui en a donné l’occasion : même si les indépendantistes en 2014, avaient accepté à l’époque qu’un référendum d’indépendance n’aurait pas lieu « avant une génération », Nicola Sturgeon clame depuis, avec justesse, que la situation a été radicalement modifiée par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, au sein de laquelle une majorité d’Écossais souhaitaient demeurer.

Ainsi, en décembre 2019, Nicola Sturgeon avait déjà fait part de sa volonté d’organiser un référendum d’indépendance. Mais le Covid-19 l’a obligée à suspendre ce projet « tant que la pandémie ne sera pas terminée et que l’économie n’aura pas rebondi ». Si l’économie écossaise demeure fragile, le lancement du processus devait avoir lieu maintenant pour que le référendum puisse avoir lieu en 2023.

Le gouvernement écossais peut-il organiser un nouveau référendum sans l’aval de Londres ?

Nicola Sturgeon a été très claire sur ce point : elle entend « respecter l’état de droit, le référendum doit être légal, c’est la base de mon action », sans quoi « il ne serait pas reconnu par la communauté internationale ».

Pour obtenir le droit d’organiser le référendum de 2014, Edimbourg avait dû demander l’autorisation à Londres d’utiliser une prérogative normalement détenue par le gouvernement britannique. Le Premier ministre britannique David Cameron l’avait alors accepté. Pour le moment, Boris Johnson s’y refuse : il estime que le précédent référendum a eu lieu il y a trop peu de temps.

Décidée à ne pas laisser « la démocratie écossaise être prisonnière de Boris Johnson », Nicola Sturgeon a fait envoyer une demande à la Cour suprême britannique pour savoir si son gouvernement est autorisé à organiser un référendum consultatif sur l’indépendance, qui reprendrait exactement les mêmes termes que celui de 2014 et notamment la même question : « L’Écosse doit-elle être un pays indépendant ? »

Pourquoi le référendum qui a échoué en 2014 pourrait-il aboutir en 2023 ?

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis 2014. Le 31 janvier 2020, l’Écosse a été sortie contre son gré de l’Union européenne. Lors du référendum du 23 juin 2016, quelque 62 % des Écossais avaient en effet voté pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE. Aujourd’hui, Nicola Sturgeon avance que l’indépendance est le seul moyen pour l’Écosse de revenir au sein de l’Union européenne et de son marché unique.

Ensuite, la présence au pouvoir à Londres de Boris Johnson, exacerbe la colère des Écossais. Le Premier ministre conservateur « est le meilleur cadeau imaginable pour le Parti national écossais (SNP) », nous explique James Mitchell, professeur de politique publique à l’université d’Edimbourg. « Il est perçu en Écosse, et pas seulement par les partisans du SNP, comme quelqu’un qui ne se soucie pas de l’Écosse et ne la comprend pas. On a même l’impression qu’il est anti-écossais. Peu importe que cela soit vrai ou non, la perception reste plus importante que la réalité. »
Au-delà de la personne de Boris Johnson, le politologue explique qu’« il y a toujours eu une tendance ici à penser qu’on ne peut pas faire confiance au gouvernement de Londres, surtout s’il est dirigé par les conservateurs. »

Le Brexit est-il un atout ou handicap pour les indépendantistes ?

Le SNP avait imaginé que la sortie de l’UE serait un argument fort en faveur de l’indépendance. Mais cela ne s’est pas révélé exact. Vingt des vingt-six sondages réalisés depuis l’élection parlementaire écossaise d’avril 2021 se sont révélés favorables au maintien au sein du Royaume-Uni. « Le Brexit a tellement perturbé le pays que les gens se méfient de tout autre changement », explique James Mitchell.
« Aujourd’hui, Edimbourg se trouve à moins d’une heure de l’Angleterre et nous pouvons traverser la frontière en voiture sans aucun problème. Si l’Écosse devient indépendante puis devient membre de l’UE, cela pourrait signifier l’apparition de postes frontaliers. Or, le casse-tête de la frontière entre les deux Irlande a retourné de nombreux indécis. »

Comment se positionnent les autres partis ?

Tous y sont opposés. Pour le leader travailliste écossais Anas Sarwar, le seul objectif de Nicola Sturgeon est de lever « les Écossais contre les Écossais ». Le leader conservateur écossais Douglas Ross regrette de son côté que « le Parlement n’existe que pour servir les intérêts du SNP » et que « la Première ministre néglige les priorités des gens parce qu’elle est obsédée par la tenue d’un autre référendum à tout prix ».