La montée en puissance de la Chine et la menace russe grandissante inquiètent les alliés (Mise à jour)

Si les alliés s’inquiètent depuis plusieurs années de l’évolution de leurs relations avec la Russie « au plus bas depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, et des « actions agressives de Moscou », c’est la première fois que la Chine apparaît si clairement sur les écrans radar de l’Otan.

« Les ambitions déclarées de la Chine et son assertivité présentent des défis systémiques pour l’ordre international fondé sur des règles et dans des domaines revêtant de l’importance pour la sécurité de l’Alliance. Nous sommes préoccupés par celles des politiques coercitives qui ne correspondent pas aux valeurs fondamentales inscrites dans le traité de Washington », indique le communiqué final publié par les dirigeants alliés à l’issue du sommet.

« La Chine accroît rapidement son arsenal nucléaire, se dotant d’un plus grand nombre d’ogives et de vecteurs sophistiqués pour établir une triade nucléaire. Elle fait preuve d’opacité dans la mise en œuvre de la modernisation de son appareil militaire et dans celle de sa stratégie de fusion militaro-civile publiquement déclarée », ajoute le texte.

Les dirigeants alliés soulignent aussi que la Chine coopère par ailleurs avec la Russie dans le domaine militaire, notamment en participant à des exercices russes dans la zone euro-atlantique.

« Nous restons préoccupés par le fait que la Chine manque souvent de transparence et a fréquemment recours à la désinformation. Nous appelons la Chine à respecter ses engagements internationaux et à agir de manière responsable au sein du système international, notamment dans les milieux spatial, cyber et maritime, en conformité avec son rôle de grande puissance », indique encore le communiqué.

Lors de leur dernière rencontre, en décembre 2019 à Londres, les dirigeants alliés s’étaient contentés de se dire « conscients que l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble, en tant qu’Alliance ».

Lors du sommet de lundi, tenu en présentiel au siège bruxellois de l’Alliance, ils ont par ailleurs dénoncé la menace grandissante représentée par le renforcement militaire de la Russie et « ses activités provocatrices, notamment à proximité des frontières de l’Otan ».

« Tant que la Russie ne montre pas qu’elle respecte le droit international et qu’elle honore ses obligations et responsabilités internationales, il ne peut y avoir de retour à la normale », ont-ils prévenu dans cette déclaration.

Le président américain Joe Biden, qui participait à son premier sommet de l’Otan après son élection, doit rencontrer mercredi le président Vladimir Poutine à Genève, dernière étape d’un périple en Europe pour un sommet du G7 au Royaume-Uni, suivi par le sommet de l’Otan et un sommet avec les présidents des institutions de l’UE mardi à Bruxelles.

Les alliés ont aussi lancé la révision du concept stratégique de l’Alliance adopté en 2010 pour la préparer à faire face aux nouvelles menaces dans l’espace et le cyberespace. Le nouveau concept stratégique – une sorte de mode d’emploi du traité fondateur de l’Otan régulièrement révisé – doit être avalisé lors d’un prochain sommet, d’ores et déjà programmé en 2022 à Madrid.

Mais il déjà clair que les demandes budgétaires seront plus importantes, avec le relèvement du niveau d’ambition prévu dans l » »agenda OTAN 2030″, un paquet de réformes proposé par M. Stoltenberg qui comprend une hausse prévue des financements communs.

Les dirigeants se sont également engagés à soutenir l’Afghanistan après le retrait prochain des derniers soldats de la mission de formation de l’Otan, Resolute Support (RSM).

« Consciente que l’aéroport international Hamid Karzaï est important pour qu’une présence diplomatique et internationale soit maintenue et pour que l’Afghanistan soit relié au reste du monde, l’Otan fournira un financement transitoire de manière à assurer la continuité des activités de cet aéroport », ont-ils promis.

La Turquie s’est déclarée prête à assumer la sécurité de l’aéroport de Kaboul, indispensable au maintien d’une présence occidentale en Afghanistan. Le président Recep Tayyip Erdogan a discuté des conditions de cette offre lors de ses entretiens bilatéraux avec le président Biden et avec le chef de l’Etat français Emmanuel Macron.