International

La guerre en Iran ne menace pas seulement le pétrole mondial.

Depuis samedi, le détroit d’Ormuz, au large de l’Iran, est fermé, coupant une grande partie du commerce mondial. Les navires sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises bloqués « à l’intérieur » du Golfe sont au nombre de 60, selon Armateurs France.


Depuis samedi, le détroit d’Ormuz, situé au large de l’Iran, est fermé. Suite aux récentes attaques des forces américaines et israéliennes, les Gardiens de la révolution ont annoncé cette fermeture, impactant ainsi une part importante du commerce mondial. Au-delà des hydrocarbures, c’est l’ensemble de l’économie qui pourrait en pâtir.

Dimanche, des agences de sécurité maritime ont rapporté que trois navires avaient été attaqués dans le détroit, une zone maritime d’environ 50 kilomètres délimitée par l’Iran d’un côté et la péninsule de Moussandam, appartenant à Oman, de l’autre.

### L’agriculture va manquer d’engrais

« Environ 33 % des engrais mondiaux, y compris le soufre et l’ammoniac, transitent par le détroit d’Ormuz », ce couloir étroit qui sépare l’Iran et Oman, selon le cabinet d’analyse Kpler. Ces fertilisants, chargés sur des cargos au Qatar, en Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis, sont destinés à divers pays : Inde, Chine, Brésil, ainsi qu’à des nations africaines. « Il n’existe pas d’alternative viable » à la navigation dans le Golfe, « les voies terrestres sont limitées par la capacité des pipelines et des camions », précise Kpler.

Étant donné qu’une grande partie des engrais est fabriquée en utilisant massivement du gaz ou du pétrole, l’augmentation des prix des hydrocarbures, provoquée par la guerre en Iran, devrait également entraîner une augmentation des tarifs des engrais. Un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, selon l’Agence américaine de l’Énergie (EIA). Une grande partie de ces navires se dirige vers des pays asiatiques, notamment l’Inde, la Chine et le Japon.

Comme prévu, les cours du pétrole ont fortement augmenté à l’ouverture du marché pétrolier dans la nuit de dimanche à lundi, s’élevant d’environ 9 %. Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix pourraient dépasser les 120 dollars, un niveau non atteint depuis des années, en cas de guerre prolongée accompagnée d’un embrasement régional et de ruptures d’approvisionnement.

« Cela dit, il est également possible que les prix du brut chutent rapidement en cas de cessation rapide des combats, ce qui permettrait de reprendre une production pétrolière normale et le transport maritime dans la région », soulignent les analystes d’Eurasia Group.

### Des détours maritimes à effectuer

Les principaux armateurs mondiaux ont annoncé qu’ils se détourneraient du détroit d’Ormuz à cause du risque lié à l’escalade militaire dans la région. Les assureurs ont considérablement augmenté leurs tarifs pour les navires traversant le Moyen-Orient, et certains, comme la société scandinave Skuld, ont même annulé leur couverture. Dans ce contexte, naviguer dans le Golfe devient prohibitif ou impossible pour les cargos.

Selon Armateurs France, 60 navires sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur » du Golfe. Leurs cargos doivent maintenant contourner l’Afrique pour rejoindre l’Europe depuis le Moyen-Orient et l’Asie, un détour de plusieurs milliers de kilomètres nécessitant plusieurs jours.

Ces conditions de navigation perturbent également l’arrivée de bateaux chargés au Moyen-Orient. L’enjeu est considérable : « le Moyen-Orient est une région structurellement dépendante des importations alimentaires », expliquent les analystes de XP Investments. L’Iran, par exemple, importe massivement du maïs brésilien.

Selon les données du ministère américain de l’Agriculture, les Émirats arabes unis ont, quant à eux, acquis pour 1,5 milliard de dollars de production agricole auprès des États-Unis. « Une grande partie » de ces importations passe par le détroit d’Ormuz « ou à proximité », soulignent les experts de XP Investments. Lors de la précédente opération militaire américaine en Iran en juin 2025, des cargaisons entières de riz à destination de la région avaient été bloquées en Inde.

### Une situation inédite

Dirk Siebels, de l’agence de sécurité maritime Risk Intelligence, affirme que cette situation n’a « pas de véritable précédent » : « Le trafic des pétroliers avait été fortement perturbé lors de la « guerre des pétroliers » (entre l’Iran et l’Irak dans les années 80, ndlr), mais les échanges commerciaux et le secteur du transport maritime en général ont considérablement évolué au cours des 40 dernières années ».

Pour Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group (ICG), un blocage total du détroit serait cependant un « suicide » pour l’Iran. « L’Iran utilise cette voie maritime pour vendre son pétrole à la Chine, et une telle fermeture lui aliénerait son principal partenaire économique, qui dépend des importations énergétiques du Golfe pour environ 25 % de ses besoins », estime-t-il.

Au lieu de bloquer ou de miner le détroit, « l’hypothèse la plus plausible est que l’Iran s’inspire des (rebelles yéménites) Houthis […] en ciblant des navires spécifiques en raison de leur pavillon ou de leur cargaison », suggère-t-il : « De cette manière, elle parviendrait à faire grimper les primes d’assurance et les prix mondiaux de l’énergie ».