La fermeture du gazoduc Nord Stream I force les Allemands à intensifier la « chasse au gaspi »

Ce 11 juillet, le gaz a cessé de couler dans le pipeline Nord Stream I, reliant la Russie à l’Allemagne. Rien d’inquiétant a priori. Les travaux de maintenance sont habituels en été et devraient durer 10 jours. Mais, dans le contexte de la guerre en Ukraine et après six paquets de sanctions européennes contre la Russie, l’Allemagne et l’Europe se demandent si les livraisons reprendront bien le 21 juillet ou si le Kremlin en profitera pour fermer le robinet. Ce scénario est pris très au sérieux à Berlin qui importe encore 35 % de son gaz de Russie.

Alors que, depuis plusieurs semaines, Moscou ne livre plus que 40 % du gaz habituellement exporté via Nord Stream I, Berlin tente de prendre les devants. Le 7 juillet, le gouvernement a fait passer une série de lois lui permettant, entre autres, de relancer certaines centrales à charbon et de mettre en pause les centrales à gaz. Le but est de consacrer les actuelles importations de gaz à la constitution des réserves hivernales. En cas d’arrêt des livraisons russes, le gouvernement pourrait aussi imposer des restrictions, voire des coupures, de gaz, notamment aux entreprises.

La chasse au gaspillage

Avant d’en arriver là, les autorités appellent les Allemands et les milieux économiques à économiser. Une vaste campagne d’affichage a été lancée afin de sensibiliser la population à la « chasse au gaspi ». Sur le terrain, communes et régions planchent sur le sujet. À Ratisbonne, Munich et Berlin, la température de l’eau des piscines a déjà été abaissée, tandis qu’à Augsbourg, l’éclairage urbain a été réduit.

Réduire voire stopper l’eau chaude dans les bâtiments publics ? L’idée est lancée par l’Union des villes et communes pour les bâtiments administratifs et vient d’être reprise par la ville saxonne de Dippoldiswalde où, depuis le 1er juillet, une coopérative de logements sociaux impose des coupures d’eau chaude en matinée, dans l’après-midi et après 21 h. Municipalités, ministères fédéraux et régionaux, tout comme le Bundestag, ont déjà limité la température des climatisations et envisagent de baisser la température dans leurs locaux dans les prochains mois et de débrancher certains feux de signalisation. La plus importante société immobilière du pays, Vonovia, a elle aussi confirmé réduire de 2 °C la température minimale de nuit dans les 490 000 logements qu’elle gère. Souvent prise en exemple, une telle mesure n’est toutefois « pas encore examinée » par le gouvernement pour être imposée au niveau fédéral.

Du côté des entreprises aussi, les idées fusent, entre la possibilité de recourir davantage au homeoffice pour le groupe Henkel et l’accélération de projets de production d’électricité sur les lieux de travail comme pour l’entreprise bavaroise Wöhner. Le groupe Hawe Hydraulik, basé à Munich, a lui pris une décision « inattendue », en construisant ses propres réservoirs de gaz.

Au-delà de ces initiatives, l’Allemagne espère surtout échapper à un arrêt brutal, fin juillet, des livraisons de gaz via le Nord Stream I. Selon le gouvernement, une coupure unilatérale de ce robinet plongerait l’économie allemande en récession, quelles que soient les mesures prises d’ici là.