Jeremy Corbyn, ce radical qui navigue à vue sur le Brexit

Le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, 70 ans, a des vues tranchées et radicales sur bien des sujets mais sur le Brexit il adopte une attitude toute de prudence, ne voulant pas s’aliéner l’électorat du Labour qui a voté pour la sortie de l’UE.

Arrivé à la tête du parti en 2015, à la surprise générale au vu de ses positions gauchisantes et minoritaires, Jeremy Corbyn a patiemment fini par faire sa place à la tête du Labour, déjouant plusieurs tentatives de le renverser de la part de députés et de caciques travaillistes encore sous l’influence de la ligne centriste de Tony Blair.

Mais ce leader sans grand charisme a pour lui la constance dans ses idées et ses engagements très à gauche, nés dans les années 70, ce qui a séduit toute une génération de jeunes militants.

Eurosceptique dans un parti dont les députés sont majoritairement europhiles, il a choisi d’entretenir l’ambiguïté face au Brexit, voté par 52% des Britanniques en juin 2016, faisant le choix d’organiser s’il arrive au pouvoir un second référendum, mais sans donner a priori de consigne pour un vote en faveur du maintien dans l’UE.

Cette ligne attentiste critiquée par les europhiles du parti, a même été confortée à Brighton par les adhérents.

Jeremy Corbyn se distingue de ses prédécesseurs par une ligne beaucoup plus à gauche, voire radicale. Il a d’ailleurs joué un rôle marginal de rebelle au sein du parti, et n’a jamais été ministre pendant les treize ans où le Labour était au pouvoir, de 1997 à 2010 sous Tony Blair puis Gordon Brown.

Le fait est qu’il passe mal hors du parti. Les récents sondages lui donnent la cote de confiance la plus basse jamais enregistrée pour un chef de l’opposition, selon une étude Ipsos MORI publiée en fin de semaine dernière: trois quarts des sondés sont mécontents de son action.

Pourtant, il a dans le passé déjà réussi à rebondir, notamment pendant la campagne des législatives de 2017, souligne Keiran Pedley, directeur de recherche chez Ipsos MORI, « alors peut-être qu’il le fera encore ».

Député rebelle

Né le 26 mai 1949, ce pacifiste de toujours a développé son sens de l’engagement politique auprès de ses parents, un ingénieur et une enseignante, tombés amoureux lors d’une manifestation contre la guerre civile espagnole (1936-39).

Elevé dans l’ouest de l’Angleterre, le jeune homme ne se passionne guère pour les études. Après avoir décroché son bac, il part deux ans en Jamaïque pour le compte d’une association caritative. A son retour, il s’installe à Islington, quartier du nord de Londres à l’époque coeur de la contestation gauchiste (mais qui s’est depuis beaucoup boboïsé).

Militant syndical, il est élu depuis 1983 député de cette circonscription. Il y vit toujours dans une maison modeste, avec sa troisième épouse, une Mexicaine de 20 ans plus jeune que lui, et se conforme à un style de vie simple. Il est père de trois enfants.

Végétarien, Corbyn confiait au Guardian en 2015 mener une vie « très normale », lui qui continue à se déplacer à vélo.

Après des années marquées par la ligne social-libérale imposée par Tony Blair, il a dû se battre pour imposer sa vision de gauche et affronter une partie de l’appareil travailliste refusant d’être dirigée par un rebelle. Il avait en effet voté 533 fois contre la ligne du parti depuis 1997.

Son positionnement effraie les électeurs plus modérés, et il est un véritable épouvantail pour les milieux économiques, qui voient en lui un dangereux marxiste.

Son image a également été sérieusement ternie par plusieurs affaires d’antisémitisme au sein de son parti, qu’il est accusé de ne pas avoir suffisamment combattu.