Iran : « Un officier prenait une jolie fille, et il allait dans une pièce pour être seul avec elle et l’agresser sexuellement »

Depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, l’Iran est le théâtre de vives contestations. Le slogan « Les femmes, la vie, la liberté » ne cesse de résonner à l’intérieur de la République islamique. Défendant leur droit à la liberté, les femmes jouent un rôle immense dans ce soulèvement. Nombreuses sont celles qui multiplient les gestes forts et qui défient les forces de l’ordre. Face à tant de courage, certains religieux et hommes politiques ont appelé à l’assouplissement des règles sociales. Mais d’autres ont décrété que ces « femmes libres » étaient des simples petits pantins des gouvernements occidentaux. Ces accusations ont favorisé l’émergence d’une vaste campagne de dénigrement verbal et physique. De nombreuses vidéos et photos publiées sur les réseaux sociaux ont notamment révélé les agressions sexuelles commises par les forces de sécurité iraniennes à l’égard des manifestantes. Ces images ont choqué l’opinion publique et ont permis de mettre en lumière des rapports faisant état de faits similaires dans les prisons.

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Un climat de peur extrême règne en Iran alors que la répression s’intensifie. Le gouvernement iranien ferme régulièrement Internet et supprime les voix d’opposition par des arrestations massives. L’accès des journalistes à l’intérieur de l’Iran étant également fortement limité, CNN s’est rendu près de la frontière irakienne avec l’Iran afin de rencontrer des témoins de ces violences. Les récits se sont multipliés et ont permis de confirmer que les agressions sexuelles sont régulièrement filmées afin de contraindre les victimes au silence. Depuis le début des manifestations, il est donc difficile d’avoir accès à des témoignages.

Le cas d’Armita Abbasi, nouveau visage de la répression iranienne

Armita Abbasi est blonde platine et a plusieurs piercings sur le visage. Maquillée d’un rouge à lèvres et d’yeux charbonneux, elle représente tout ce que le régime méprise le plus. Armita Abbasi a été arrêtée dans sa ville natale de Karaj, un mois après le début des manifestations. La jeune femme de 20 ans aurait multiplié les critiques à l’égard du gouvernement sur les réseaux sociaux. Le 17 octobre, Abbasi a été conduite d’urgence à l’hôpital Imam Ali de Karaj, accompagnée d’agents en civil, selon des fuites provenant de cet hôpital. Sa tête avait été rasée et elle tremblait violemment. Dans une déclaration du 29 octobre, le gouvernement a tenté de se dédouaner prétextant qu’elle était « la cheffe des émeutes » et que la police avait découvert « 10 cocktails Molotov » dans son appartement.

Le personnel médical qui s’est occupé d’elle a témoigné de nombreuses preuves d’un viol brutal. « Quand elle est arrivée, (les officiers) ont dit qu’elle faisait une hémorragie du rectum… à cause de viols répétés. Les hommes en civil ont insisté pour que le médecin l’écrive comme un viol avant l’arrestation », a déclaré un membre du personnel médical qui tient à rester anonyme pour des raisons de sécurité. « Après que la vérité soit devenue évidente pour tous, ils ont changé tout le script », a écrit le médecin. CNN peut confirmer que quatre à cinq médecins ont affirmé qu’ils pensaient qu’elle avait été agressée sexuellement en détention. « Ce n’est pas mon intention de répandre la peur et l’horreur. Mais c’est la vérité. Un crime est en train de se produire et je ne peux pas rester silencieux. » s’est exprimé un autre médecin. Une autre déclaration atteste également de l’état misérable dans lequel l’hôpital a récupéré Armita Abbasi : « Elle se sentait si mal qu’on pensait qu’elle avait un cancer. »

Face à tant de récits vérifiés, CNN a envoyé une demande de commentaire aux autorités. Dans sa déclaration, le gouvernement iranien a indiqué qu’Abbasi avait été traitée pour des « problèmes digestifs ». Des médecins de l’hôpital Imam Ali ont déclaré que cette affirmation ne correspondait pas aux symptômes présentés par Abbasi.

Les fuites autour du cas Armita Abbasi révèlent un processus très secret, fortement contrôlé par le gouvernement iranien. Un médecin a notamment écrit sur les médias sociaux que la police empêchait le personnel de parler à Mme Abbasi et que le rapport sur son état de santé changeait constamment. Lorsque CNN a appelé l’hôpital ,Imam Ali, un membre du personnel a déclaré qu’il n’avait aucune trace d’elle, bien que le gouvernement reconnaisse qu’elle y a été traitée. Selon les autorités, Abbasi est actuellement détenue dans la célèbre prison de Fardis à Karaj. CNN n’a pas pu la joindre ou joindre les membres de sa famille pour un commentaire.

D’autres témoignages accablants

Une femme kurdo-iranienne, que CNN appelle Hana pour sa sécurité, affirme avoir été témoin et victime de violences sexuelles pendant sa détention. arrêtée par la police iranienne pour avoir brûlé son foulard, elle explique avoir été détenue pendant 24 heures dans un centre de détention situé dans un poste de police de la ville d’Urmia, dans le nord-ouest de l’Iran. « Au centre de détention, il y a environ 30 à 40 femmes et les autres sont des garçons », raconte Hana. « Il y avait des enfants de 13 et 14 ans qui ont été capturés lors des manifestations. Ils ont été brutalement blessés. Ils ont fait encore plus mal aux filles. Ils les ont violées. » « Il y avait un hall principal avec des salles d’interrogatoire privées à côté, dit-elle. « Un officier prenait une jolie fille, et il allait dans une pièce pour être seul avec elle et l’agresser sexuellement ».

Dans son rapport, CNN relate qu’un foulard blanc enroulé autour de son cou recouvre une marque violette à l’endroit où un agent de sécurité l’a forcée à le suivre, dit-elle, et l’a violemment embrassée. Dans la cellule d’interrogatoire, le policier aurait miroité des promesses de liberté en échange de faveurs sexuelles.