Iran : L’armée se renforce, menace d’une « riposte écrasante » contre les États-Unis
L’Iran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. D’après le décompte de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), 6.373 personnes, dont 5.993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation.
L’Iran réaffirme sa fermeté face aux menaces d’intervention militaire américaine et aux possibles sanctions de l’Union européenne, annoncées pour jeudi contre les Gardiens de la révolution. Sous pression occidentale, le pays, qui a violemment réprimé la contestation populaire, se déclare prêt à une « riposte écrasante ». Après les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, affirmant que les forces armées ont « le doigt sur la gâchette », le chef de l’armée, Amir Hatami, a révélé l’équipement de ses régiments de combat avec 1.000 drones.
Devant les « menaces auxquelles nous sommes confrontés », le général a souligné que l’armée a pour « priorité de renforcer ses atouts stratégiques pour une réponse rapide et écrasante à toute invasion ou attaque », selon des propos rapportés par la télévision d’État. L’Iran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, un passage essentiel pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Dans son éditorial de jeudi, le quotidien pro-gouvernemental Kayhan a affirmé que « fermer le détroit relève du droit de la République islamique d’Iran ». « Si l’ennemi brandit une épée, nous n’allons pas l’accueillir avec un sourire diplomatique », a ajouté le journal.
Ces déclarations font suite aux avertissements du président américain Donald Trump, qui a prévenu Téhéran que le « temps était compté » avant une éventuelle attaque américaine, « pire » que celle de juin dernier contre des sites nucléaires iraniens. En même temps, Washington a déployé des forces navales, y compris le porte-avions Abraham Lincoln, dans le Golfe.
L’Union européenne renforce également la pression. Les 27 États membres doivent décider jeudi s’ils ajoutent les Gardiens de la révolution à leur liste des organisations terroristes, en réponse à la répression « la plus violente » de l’histoire récente de l’Iran. « Si vous agissez en terroriste, vous devez être traité comme tel », a déclaré Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l’UE, peu avant le début d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles. Plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, la Belgique et l’Italie, soutiennent cette décision.
Les Gardiens de la révolution sont accusés par des organisations de droits humains d’avoir orchestré une répression meurtrière contre le vaste mouvement de contestation qui a fait des milliers de morts. L’Iran a averti des « conséquences destructrices » si l’UE décidait d’inscrire les Gardiens sur cette liste, une décision qui pourrait avoir un impact limité, le corps étant déjà sous sanctions européennes.
Cependant, des perspectives diplomatiques demeurent. Le chef de la diplomatie iranienne se rendra vendredi en Turquie, qui souhaite jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington, après des négociations avec des pays du Golfe opposés à une intervention américaine. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, « réitérera l’opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l’Iran », selon une source anonyme du ministère.
Dans une interview à CNN, diffusée jeudi par l’agence Irna, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a exprimé son ouverture à un « dialogue réel et dans le cadre des règles internationales » avec les États-Unis. « Tant qu’il n’y a pas de garanties pour les droits du peuple iranien, et que la dignité de la nation iranienne n’est pas respectée, il n’y a naturellement pas de négociations », a-t-il prévenu. Moscou a également estimé que le potentiel de négociations était « loin d’être épuisé », appelant « toutes les parties à la retenue ».
Concernant la répression des manifestants en janvier, les bilans des ONG évoquent des milliers, voire des dizaines de milliers de morts. Selon un nouveau décompte de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) basée aux États-Unis, 6.373 personnes, dont 5.993 manifestants, ont été tuées lors de ce mouvement, 11.018 ont été gravement blessées et 42.486 arrêtées. Le nombre de décès pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d’examen, a indiqué l’ONG sur X, ajoutant que des restrictions de communication demeurent même si Internet a été partiellement rétabli après trois semaines de coupure.
Des témoignages rapportent que des blessés refusent de se rendre à l’hôpital par peur d’être arrêtés. Un haut responsable du ministère de la Santé, Abbas Ebadi, a assuré jeudi que les établissements de santé ne faisaient aucune « discrimination de race, idéologie ou nationalité. Qu’ils soient étrangers, Iraniens, manifestants ou non, nous les soignons », a-t-il déclaré. Ces tensions ont provoqué une hausse du prix du baril de pétrole Brent, qui a franchi la barre des 70 dollars pour la première fois depuis septembre.

