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Hong Kong : Jimmy Lai, magnat de la presse, écope de 20 ans de prison

Jimmy Lai a été condamné à 20 années d’emprisonnement par le tribunal le 15 décembre pour « collusion avec l’étranger » et « publication séditieuse ». Il purgera 18 années supplémentaires, après qu’une peine de deux ans pour fraude ait déjà été prononcée contre lui.


Vingt ans de prison. C’est la peine infligée à l’ancien magnat des médias prodémocratie, Jimmy Lai, pour « collusion avec l’étranger » et « publication séditieuse ». Cette condamnation représente la sanction la plus sévère jamais prononcée en vertu de la loi sur la sécurité nationale mise en œuvre par la Chine en 2020, suite aux manifestations prodémocratie parfois violentes qui avaient ébranlé Hong Kong en 2019, après sa rétrocession par le Royaume-Uni en 1997. Ce verdict survient malgré les pressions exercées par le Royaume-Uni, les États-Unis et les défenseurs des droits, qui considèrent que cette condamnation marque la fin des libertés à Hong Kong.

Sebastien Lai, le fils de Jimmy Lai, a exprimé son inquiétude pour la santé de son père âgé de 78 ans, déclarant dans un communiqué : « Condamner mon père à cette peine de prison draconienne est dévastateur pour notre famille et met sa vie en danger. Cela marque la destruction totale du système judiciaire de Hong Kong et la fin de la justice. »

Lors de l’audience de quelques minutes, le tribunal, après avoir examiné la « conduite criminelle grave de Lai », a jugé que la peine totale devait s’élever à 20 années d’emprisonnement. Présent dans le box des accusés, Jimmy Lai est resté impassible pendant la lecture du jugement, avant de saluer d’un geste de la main son épouse Teresa et d’anciens journalistes d’Apple Daily, le journal prodémocratie qu’il avait fondé et qui est désormais fermé.

Reconnu coupable le 15 décembre de trois accusations, Jimmy Lai risquait la réclusion à perpétuité. Le tribunal a inclus dans les vingt ans d’emprisonnement deux années déjà prononcées pour fraude, ce qui signifie qu’il purgera 18 années supplémentaires.

Dans leur jugement de 856 pages prononcé le 15 décembre, les juges ont conclu que le magnat de 78 ans avait tenté de « renverser le Parti communiste chinois ». L’accusation l’avait décrit comme l’instigateur de complots visant à inciter des actions hostiles de pays étrangers contre Hong Kong ou la Chine, ainsi qu’à provoquer des sanctions ou un blocus.

Cependant, la cour a aussi considéré que « la conjugaison du grand âge de Lai, de son état de santé et de son maintien à l’isolement aurait pour effet de rendre un emprisonnement à vie plus lourd que pour d’autres détenus ».

« Cette décision scandaleuse porte le coup de grâce à la liberté de la presse à Hong Kong », a déclaré Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité pour la protection des journalistes. Au cours des vingt dernières années, Hong Kong, ancienne colonie britannique, est tombée de la 18e à la 140e place dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières (RSF).

Bien que les autorités de Hong Kong affirment que l’affaire de Jimmy Lai n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse », de nombreuses ONG ont protesté contre sa condamnation. Amnesty International a évoqué une « nouvelle date sombre dans la transformation de Hong Kong d’une ville gouvernée par l’État de droit en ville gouvernée par la peur ». La peine a été qualifiée de « véritable arrêt de mort » par Human Rights Watch.

De son côté, le gouvernement de Taïwan a estimé que cette condamnation vise à « créer l’effroi ». À l’inverse, Pékin a exprimé son soutien « ferme » à Hong Kong pour « défendre la sécurité nationale conformément à la loi » et pour réprimer les actes criminels mettant en péril celle-ci.

Jimmy Lai, qui possède un passeport britannique et est incarcéré depuis 2020, est maintenu à l’isolement, « à sa demande » selon les autorités. Il a plaidé non coupable et dispose de 28 jours pour interjeter appel.