Guerre Israël-Hamas : Substituer le corps de Shiri Bibas « n’est pas dans l’intérêt du Hamas »
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A la douleur a succédé la stupeur. Jeudi, le Hamas a livré les corps de quatre otages, dont les enfants Ariel et Kfir et leur mère, Shiri Bibas, devenus les visages de l’horreur des attaques du 7-octobre. Mais la dépouille de cette jeune mère de 34 ans, enlevée avec ses deux enfants d’alors quatre ans et huit mois, a été intervertie avec le corps d’une Gazaouie.
Israël a accusé le Hamas d’avoir échangé les dépouilles à dessein. Le Premier ministre israélien a estimé que les « monstres du Hamas » avaient « refusé » de rendre le corps de Shiri Bibas, faisant ainsi preuve d’un « cynisme inimaginable ». Certains jugent même, comme l’écrivain et journaliste britannique Stephen Pollard, connu pour son soutien à Israël, que le Hamas a opéré un morbide subterfuge pour « torturer davantage la famille Bibas et les Israéliens qui partagent leur angoisse depuis le 7 octobre 2023 ». D’autres avancent l’hypothèse que le groupe islamiste a souhaité cacher des sévices infligés à la jeune femme de son vivant.
Des « symboles » de la souffrance israélienne
« Si on veut se faire l’avocat du diable et se dire que le Hamas joue la politique du pire, on pourrait imaginer qu’ils espéraient ainsi créer une réaction violente pour ensuite critiquer la réponse brutale d’Israël », analyse Barah Mikaïl mais « ce n’est pas dans l’intérêt politique du Hamas de provoquer Israël à ce point ». D’autant plus que la famille Bibas – et les otages de manière générale – a une « importance symbolique énorme » en Israël, rappelle l’expert.
« Les Bibas sont devenus le symbole de ce que nous sommes et de ce contre quoi nous nous battons », précise d’ailleurs Benyamin Netanyahou dans une vidéo publiée sur X. Lors de la remise des corps à la Croix-Rouge, l’organisation islamiste avait soigné sa mise en scène, avec un dessin de Benyamin Netanyahou aux dents de vampire au-dessus des quatre otages baignant dans une mare de sang. Le Hamas accuse Israël d’avoir tué dans un bombardement les trois membres de la famille Bibas.
« A qui profite le crime ? », se demande un expert
Le Hamas a reconnu qu’une erreur était possible. « Il est probable que le corps de Mme Bibas ait été mélangé par erreur avec d’autres sous les décombres », a en effet réagi un responsable du Hamas ce vendredi, ajoutant qu’une enquête était en cours. Tel-Aviv nie toutefois être à l’origine de la mort de ces otages. Le gouvernement israélien accuse même le mouvement palestinien d’avoir assassiné « à mains nues » les enfants Bibas.
« Netanyahou ne peut pas se permettre de dire qu’il s’agit d’un dommage collatéral de l’armée israélienne. Chacun se rejette donc la faute, c’est logique. Sur le fond, c’est impossible à vérifier à notre niveau », souligne Barah Mikaïl. Mais « il faut toujours se demander à qui profite le crime et, même si on a évidemment une grande marge d’incertitude, il ne profite pas au Hamas. L’organisation sait qu’elle doit donner des gages de bonne foi, notamment aux médiateurs arabes, sans quoi elle sera lâchée de tous côtés », analyse-t-il.
Un cessez-le-feu plus fragile que jamais
Un mois après son entrée en vigueur, l’accord de trêve dans la bande de Gaza reste très fragile. Et le Premier ministre israélien a immédiatement estimé qu’il s’agissait d’une violation « cruelle » du cessez-le-feu et promis de faire « payer le prix au Hamas ».
Dans ces conditions, la trêve semble plus fragile que jamais. Six otages israéliens doivent être échangés samedi, contre 602 détenus palestiniens. « Sur le plan politique, Netanyahou a intérêt à ce qu’aucun otage supplémentaire ne perde la vie. En revanche, le gouvernement israélien ne verrait pas d’un mauvais œil une opportunité de revenir dans la bande de Gaza à terme », analyse Barah Mikaïl. Actuellement soutenu par l’administration américaine, conduite par Donald Trump, Israël pourrait donc s’appuyer sur ce drame pour, à terme, briser l’accord de trêve et annihiler le Hamas.