Guerre en Ukraine: mort d’une icône de l’indépendance

Le 21 novembre 2013, Roman Ratouchniy, 15 ans, fut l’un des premiers à répondre à l’appel au rassemblement citoyen sur Maïdan Nezalejnosti, la place de l’indépendance à Kiev. Mobilisé jour et nuit pour la lutte contre la corruption systémique de l’autocrate Viktor Ianoukovitch, le jeune homme fut l’un des étudiants ciblés par les policiers anti-émeutes, le 30 novembre au soir. La ratonnade, brutale et injustifiée, fit des protestations une révolution.

Une fois le despote en fuite et son régime mis à terre, Roman était retourné à ses études. Il s’est mobilisé au fil des années en faveur de plusieurs causes, dont le combat contre des constructions illégales sur un parc naturel à Kiev. Le 24 février dernier, c’est tout naturellement qu’il s’est porté volontaire au sein de la défense territoriale pour défendre la capitale. Il a ensuite été envoyé près d’Izioum, dans le Donbass. Internaute très actif et populaire sur les réseaux sociaux, il exhibait son carnet militaire et son badge, et assurait : « Voici mon plan jusqu’à la fin de la guerre. »

L’annonce de sa mort, le 9 juin, a soulevé une onde de choc en Ukraine. Dans la masse étouffante des bulletins annonçant les pertes humaines de l’invasion russe, Roman est érigé en symbole d’une génération née après l’indépendance de l’Ukraine, distante de l’héritage soviétique et dédiée à la transformation et à la modernisation du pays. « Il a accompli tant en si peu de temps, c’est difficile à croire… » commente Bohdan Korobtchouk, artiste et militant civique. « L’Ukraine a perdu l’un de ses réformateurs les plus prometteurs. » Roman aurait eu 25 ans le 5 juillet.

Depuis l’intensification de l’offensive russe dans le Donbass, les autorités ukrainiennes ne dissimulent plus le terrible bilan humain des combats, qui s’élèverait chaque jour à plus de 200 soldats tués, selon David Arakhamia, chef du parti politique « Le Serviteur du peuple » de Volodymyr Zelensky. Le Haut-commissariat pour les droits de l’homme a recensé officiellement plus de 10 000 pertes civiles. Mais de récentes estimations indépendantes portent à plus de 100 000 le nombre de morts depuis le 24 février, civils et militaires confondus, dont au moins 50 000 dans la seule ville de Marioupol.