Guerre en Iran : Oléoducs, alternative insuffisante à la fermeture du détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, bloqué depuis le 28 février, transitaient chaque jour environ 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés, soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. L’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite a enregistré le 9 mars un record d’exportations journalières de 5,9 millions de barils par jour, contre une moyenne de 1,7 en 2025, selon l’AIE.

Les nations du Golfe persique peuvent-elles se tourner vers leurs oléoducs pour éviter le détroit d’Ormuz, bloqué depuis le 28 février ? Environ 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés, représentant environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, transitent quotidiennement par ce détroit via des tankers avant la guerre en Iran. Ceux-ci sont désormais à l’arrêt, Téhéran menaçant de frapper les pétroliers s’aventurant dans cet étroit passage maritime de 39 km de large.
En attendant de débloquer la situation, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis (EAU) font usage de deux oléoducs pour exporter une partie de leur pétrole brut par d’autres voies. Pour sa part, l’Irak s’emploie à réhabiliter un ancien oléoduc, à l’arrêt depuis de nombreuses années, reliant les champs pétroliers de Kirkouk (nord) au port turc de Ceyhan. Ce projet vise à transporter jusqu’à 250 000 barils de pétrole par jour (bpj) via la Turquie, une fraction des quelque 3,5 millions bpj qu’exportait ce membre fondateur de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) avant le conflit.
Une capacité maximale d’un peu plus de 9 millions de barils de pétrole par jour
Revenons aux deux oléoducs mentionnés précédemment. L’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite relie Abqaiq, près du golfe, au port de Yanbu, sur la mer Rouge, où le pétrole est ensuite chargé sur des tankers. Le royaume wahhabite a enregistré le 9 mars un record d’exportations journalières depuis ses ports occidentaux : 5,9 millions de barils par jour (mb/j) contre une moyenne de 1,7 en 2025, selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie). Cet oléoduc atteindra sa pleine capacité, soit 7 mb/j, « dans les prochains jours », a promis Amin Nasser, le PDG de Saudi Aramco.
L’autre oléoduc, aux Émirats Arabes Unis, « permet de faire sortir du pétrole juste à l’extérieur du détroit d’Ormuz, au port pétrolier de Fujairah – l’un des sept émirats des EAU, explique à 20 Minutes Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et chercheur associé au Policy Center for the New South. Sa capacité maximale est d’1,8 million de barils par jour. »
En somme, ces trois pipelines pourraient donc, avec difficulté, parvenir à extraire un peu plus de 9 millions de barils de pétrole par jour. « Et on ne parle que de brut, pas de produits raffinés ni de gaz naturel liquéfié », souligne Francis Perrin.
« On ne voit donc pas pourquoi les Iraniens se priveraient de cibler cet oléoduc »
Ces oléoducs sont-ils réellement fiables ? « L’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite ne fonctionne que sous deux conditions géopolitiques importantes : que l’Iran n’attaque pas cet oléoduc, ni le terminal pétrolier situé en Mer Rouge ; et, deuxièmement, que les houthistes du Yémen restent calmes, puisque l’on sait qu’ils sont étroitement liés à l’Iran », ajoute Francis Perrin. « Actuellement, les houthistes n’ont pas particulièrement bougé, mais rien ne garantit qu’ils laisseront passer le pétrole saoudien via la Mer Rouge. »
L’oléoduc des EAU est, quant à lui, « juste en face de l’Iran, et donc à portée de tir de Téhéran, qui a jusqu’ici ciblé très généreusement les Émirats Arabes Unis, parmi les 13 pays qu’il a visés depuis le début du conflit, poursuit Francis Perrin. On ne voit donc pas pourquoi les Iraniens se priveraient de cibler cet oléoduc. »
« Le monde n’a aucun moyen de remplacer Ormuz »
Bien que ces pipelines « aient clairement été conçus en prévision d’un éventuel blocage d’Ormuz, un scénario souvent évoqué mais jamais réalisé », ils ne représentent en réalité « que des solutions de remplacement partielles ». Et « dans la crise actuelle, le monde n’a aucun moyen de remplacer Ormuz, pour le pétrole et encore moins pour le gaz naturel liquéfié », assure Francis Perrin.
Notre dossier sur l’Iran
Le Golfe persique est devenu « une immense zone de production d’engrais agricoles », ajoute Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. La question n’est donc pas seulement de savoir comment extraire du brut, mais comment l’économie mondiale peut se passer du Golfe, sachant qu’elle doit déjà se passer du pétrole russe [même si les États-Unis ont levé une partie des sanctions contre celui-ci] ? C’est une équation qui devient de plus en plus difficile à résoudre.

