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Guerre en Iran : L’Espagne ne confirme pas l’accès à ses bases.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a démenti « catégoriquement » toute intention de collaborer avec les Etats-Unis concernant l’utilisation des bases militaires espagnoles. Le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a assuré que la position de l’Espagne « n’a absolument pas changé » et a réitéré le refus d’accorder l’accès aux bases andalouses aux forces américaines.


Après de récentes déclarations de Donald Trump affirmant que l’Espagne avait changé de position concernant la guerre contre l’Iran, le Premier ministre Pedro Sanchez a démenti « catégoriquement » toute intention de collaborer avec Washington, notamment en permettant aux États-Unis d’utiliser les bases militaires espagnoles.

Lors d’une allocution solennelle prononcée mercredi matin, le socialiste a assuré que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées contre l’Iran « par peur des représailles de certains », en référence directe au dirigeant américain.

**Le gouvernement américain accumule les mensonges**

Mardi, Donald Trump, frustré depuis plusieurs mois par le refus de l’Espagne de consacrer 5 % de son PIB à ses dépenses de défense dans le cadre de l’Otan, avait durement critiqué le gouvernement espagnol de gauche pour avoir refusé à l’aviation américaine l’accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l’Iran.

« L’Espagne a été terrible », a déclaré Donald Trump, menaçant directement Madrid de « cesser » complètement les relations commerciales entre les deux pays. Malgré des difficultés à adopter une position commune clairement définie face aux agressions menées contre l’Iran, ces tentatives d’intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de soutiens de ses homologues européens, du président du Conseil européen Antonio Costa au président français Emmanuel Macron.

**« D’où cela peut-il venir ? »**

La déclaration du chef du gouvernement espagnol, qui a réaffirmé son opposition au régime « des ayatollahs », lui a également valu un message chaleureux sur X du président iranien, saluant la « conduite responsable » de l’Espagne. Cependant, dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a semé le doute brièvement, affirmant que l’Espagne avait finalement « accepté de coopérer » avec les forces armées américaines. « Je pense qu’ils ont entendu haut et fort le message du président hier », a déclaré Karoline Leavitt, avant d’être presque immédiatement contredite par le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares.

La position de l’Espagne « n’a absolument pas changé », a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant « catégoriquement » toute intention de coopérer avec les États-Unis dans ce conflit. « D’où cela peut-il venir ? Je n’en ai pas la moindre idée », a-t-il affirmé, réitérant le refus espagnol de permettre aux États-Unis d’utiliser les bases andalouses, conformément à un traité signé entre les deux pays en 1953, sous le régime de Franco.

**Sanchez fait de la politique intérieure ?**

Sur le plan intérieur, la position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et à une résolution pacifique du conflit, est perçue par certains observateurs comme une manière de resserrer son électorat autour d’une thématique consensuelle au sein de la gauche espagnole.

Avec des défaites aux scrutins régionaux, des affaires judiciaires visant des proches et des accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives attendues au printemps 2027.

Sur X, le leader du Parti populaire (droite), principal parti d’opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à « respecter » l’Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d’utiliser la politique étrangère à des fins « partisanes ».

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, lui conseillant « d’éviter la tentation […] d’utiliser l’immense animosité qui existe à l’égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité ».

Le slogan pacifiste « Non à la guerre » avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l’intervention militaire des États-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées temporairement, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors fortement aligné sur les positions américaines.