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Guerre en Iran : Inquiétude après le tir du missile « Khorramshahr-4 » à 4.000 km de Téhéran ?

Deux missiles Khorramshahr-4 de portée intermédiaire (MRBM) auraient été tirés ces derniers jours depuis l’Iran vers l’île britannique de Diego Garcia, située à près de 4.000 km de là. Selon le Times, le premier missile balistique aurait été intercepté entre jeudi soir et vendredi par un missile SM-3, tandis que le second serait retombé après avoir parcouru 3.200 kilomètres, soit à environ 640 kilomètres de la base militaire américano-britannique des îles Chagos.


Il était précédemment annoncé que le missile avait une portée de 2.000 km. Toutefois, deux missiles Khorramshahr-4 à portée intermédiaire (MRBM) auraient été tirés récemment depuis l’Iran vers l’île britannique de Diego Garcia, qui abrite une base américaine, située à près de 4.000 km de là.

Cela donnerait à Téhéran la capacité d’atteindre l’Europe, y compris la France, avec ce type d’armement. Cependant, derrière cette simple évaluation, plusieurs éléments doivent être pris en compte avant de céder à la panique. Voici ce que l’on sait.

**Comment l’Iran a-t-il pu allonger significativement la portée de son missile ?**

D’abord, pourrait-il s’agir d’un missile secret que l’Iran aurait sorti de silos profondément enfouis ? « C’est ce qu’a fait la Russie avec l’Orechnik, donc pourquoi pas ? », déclare à *20 Minutes* Etienne Marcuz, expert en armements stratégiques. « Mais je ne pense pas qu’ils aient pu dégainer une arme secrète restée totalement sous les radars. En revanche, il est envisageable qu’ils aient modifié un missile ou un lanceur spatial. »

Il est plus probable que les Iraniens aient tout simplement « utilisé une version à charge militaire allégée de leur MRBM Khorramshar-4, qui emporte habituellement une charge d’une tonne [voire 1,5 tonne] ». « Moins la charge utile est importante, plus le missile atteint une distance importante, mais cela a des répercussions militaires à l’impact significativement moindres et surtout une très faible précision », précise l’expert. Il est peu probable que les charges militaires aient impacté la base si elles avaient survécu à l’interception pour l’une, et à un problème inconnu pour l’autre.

Selon *The Times*, le premier missile balistique aurait en effet été intercepté entre jeudi soir et vendredi par un missile SM-3 tiré depuis un destroyer de l’US Navy, tandis que le second aurait retombé après avoir parcouru 3.200 kilomètres, soit à environ 640 kilomètres de la base militaire américano-britannique des îles Chagos.

**L’Europe, et notamment la France, doivent-elles se sentir menacées ?**

Si le missile peut effectivement atteindre 4.000 km, il serait désormais capable d’atteindre plusieurs capitales européennes, y compris Londres et Paris. Faut-il s’en inquiéter plus qu’il ne le faut ?

« Cet arsenal longue portée de petite taille est vulnérable aux interceptions exoatmosphériques », souligne Etienne Marcuz. « Heureusement, l’Europe est défendue par deux sites Aegis équipés de missiles SM-3, en Pologne et en Roumanie, spécifiquement choisis pour protéger le continent contre la menace balistique iranienne. » Certes, ces sites sont gérés par les États-Unis, « mais même dans le cas très improbable d’une attaque iranienne contre le sol européen, elle viserait probablement une base états-unienne [Fairford ou Rammstein], ce qui inciterait fortement les États-Unis à la défendre », poursuit l’expert.

Mais surtout, « quel intérêt aurait l’Iran à attaquer le territoire européen, dont les pays adoptent pour le moment une position prudente ? », interroge-t-il.

**Un message politique avant tout ?**

Pour plusieurs experts, l’intérêt de l’opération iranienne ne réside pas tant dans la réalisation d’un coup d’éclat en touchant une cible lointaine, mais dans le message que les Gardiens de la Révolution souhaitent faire passer.

Il ne s’agit pas de minimiser la capacité de frappe de l’Iran, « qui possède l’arsenal de missiles le plus important et diversifié du Moyen-Orient, avec des milliers de missiles balistiques et de croisière », dont certains peuvent atteindre avec certitude l’Europe du Sud, indique le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS). Cependant, cette attaque vers Diego Garcia peut « être interprétée comme un signal aux Européens de ne pas s’impliquer davantage dans ce conflit », juge Etienne Marcuz.