Guerre en Iran : Impact du déblocage des réserves pétrolières en 2022 ?
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a débloqué 400 millions de barils de réserves stratégiques de pétrole pour compenser la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz. En mars 2022, 32 pays membres de l’AIE ont injecté collectivement 182 millions de barils sur le marché, dont environ 63 millions en mars et 120 millions en avril-mai.
Pour éviter une crise économique mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a décidé de libérer ses réserves stratégiques de pétrole. Cela représente 400 millions de barils mis à disposition pour compenser la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, dans l’objectif de sauver l’économie mondiale. Reste à voir si cette mesure sera efficace, mais on peut déjà se référer à un précédent de mars 2022.
Le 24 février 2022, la Russie a lancé une attaque contre l’Ukraine, soulevant la question de l’accès au pétrole russe dans un contexte de boycott mondial contre Moscou. À cette époque, l’AIE a coordonné un déblocage massif des réserves stratégiques de pétrole, avec 32 pays membres qui ont injecté ensemble 182 millions de barils sur le marché, établissant un record. Cela s’est fait en deux étapes : environ 63 millions en mars, puis 120 millions en avril-mai. En mars 2026, les États-Unis sont les principaux contributeurs avec jusqu’à 180 millions de barils via leur Strategic Petroleum Reserve, suivis par la France avec environ 8 millions.
Les résultats initiaux n’ont pas été à la hauteur des attentes. Les effets immédiats ont été mitigés, allant même jusqu’à être contre-productifs. L’annonce de mars a parfois entraîné une hausse des prix du pétrole, certains traders interprétant cette mesure comme un signal d’alarme. Le prix du baril a temporairement dépassé les 120 dollars en mars 2022.
La seconde phase de déstockage, plus significative, a cependant donné un soulagement plus évident. Selon diverses analyses, y compris celles du Trésor américain, cette libération a permis de faire chuter les prix du brut de 10 à 15 dollars le baril pendant plusieurs semaines, avec des impacts durables de 6 à 12 semaines selon les modèles. Aux États-Unis, le département du Trésor a estimé que cette décision, en conjonction avec celles des partenaires de l’AIE, avait réduit le prix de l’essence de 4 à 11 centimes d’euro par litre entre mars et juillet 2022, atténuant ainsi la hausse des prix à la pompe.
Cependant, l’effet a été temporaire. Les prix du pétrole ont ensuite rebondi, influencés par d’autres éléments tels qu’une reprise de la demande post-Covid, les limites de production de l’OPEP+ et des pertes russes finalement moins importantes que prévu, notamment en raison des achats par l’Inde et la Chine. Le déblocage a été vu comme un moyen de donner aux marchés le temps de s’adapter – diversification des fournisseurs en Europe, augmentation des exportations américaines et moyen-orientales.
À plus long terme, les stocks américains se sont retrouvés à des niveaux historiquement bas, autour de 400 millions de barils à la fin de 2022, rendant difficile une nouvelle mobilisation. Certains analystes critiquent donc en 2026 l’utilisation politique des réserves pour combattre l’inflation avant les élections de mi-mandat américaines, au détriment de la sécurité énergétique réelle.
La leçon à retenir est que bien que cet outil puisse calmer les marchés à court terme, il reste une solution temporaire. En l’absence d’une résolution rapide du conflit, les prix risquent de remonter rapidement et les stocks de s’épuiser.

