Guerre en Iran : « Comme le Covid »… Expatriés du Golfe face aux frappes
Maria Palmou, avocate grecque spécialisée en contentieux, est installée à Dubaï depuis plus de dix ans et affirme qu’il y a un sentiment de calme et de confiance chez les gens vivant dans la région malgré les alertes officielles sur la sécurité. Asad, un Américain de 40 ans, a également l’intention de rester au Qatar avec sa famille, sauf si des infrastructures civiles sont visées par l’Iran ou si les biens de première nécessité deviennent indisponibles.

Des avocats, des entrepreneurs et des professionnels de l’immobilier ou des technologies, expatriés dans les pays du Golfe, partagent avec l’AFP leur expérience d’adaptation au conflit en Iran et au Moyen-Orient, sans envisager de quitter la région.
Maria Palmou, avocate grecque de 46 ans installée à Dubaï depuis plus de dix ans, déclare que ce conflit « a affecté notre vie quotidienne ». Elle mentionne que « l’activité militaire est présente, et on l’entend ».
« Un sentiment de calme et de confiance »
Cependant, elle note qu’« à présent, avec la gestion de la situation par les autorités locales, il règne un sentiment de calme et de confiance parmi les habitants ». Elle rappelle que le pays a fait preuve de « résilience pendant la période du Covid ». Selon elle, « la vie continue normalement aux Emirats. Je vis en centre-ville et les gens se promènent dans les rues, les voitures circulent, les magasins sont ouverts. Beaucoup de personnes fréquentent les parcs et les plages ».
Toutefois, elle souligne que « l’atmosphère est un peu plus lourde », ponctuée par des alertes officielles sur les téléphones, pendant lesquelles « il faut éviter d’être dehors ». Malgré cela, elle n’a « pas l’intention de rentrer à ce stade ».
« Plus comme le Covid »
Le télétravail devient habituel, alors que des missiles et des drones iraniens ont ciblé aéroports, ambassades, zones résidentielles et installations militaires dans la région depuis le début des hostilités entre la République islamique, Israël et les Etats-Unis.
Pour Sidonie Viaud, une Française de 48 ans, et son mari indien travaillant tous deux dans le secteur technologique à Dubaï, c’est le « travail à la maison jusqu’à nouvel ordre » et l’école à domicile. Elle compare leur situation à celle du Covid : « C’est plus comme le Covid pour nous », témoigne-t-elle.
Bruno de Champris, réalisateur et producteur français expatrié à Dubaï depuis 2005, travaille également de chez lui, car « tous les tournages sont suspendus pour le moment ». Il avoue qu’« on ne dort pas bien », inquiet des déflagrations. Ce spécialiste de l’image de 62 ans a fondé sa propre société, mais juge que malgré tout, « les gens vaquent à leurs occupations ». Bien qu’il reconnaisse qu’« il n’existe pas de risque zéro », il se montre confiant quant à l’efficacité des forces émiraties en matière de protection. Il n’envisage pas de rentrer en France dans l’immédiat, contrairement à sa partenaire qui a opté pour un retour temporaire à Paris pour des raisons familiales.
Vie sociale « en suspens »
À Doha, Asad, un Américain de 40 ans, souhaite « rester » au Qatar avec sa femme pakistanaise et leur fille de 18 mois, sauf si des infrastructures civiles sont visées par l’Iran ou si l’approvisionnement en électricité ou en eau est perturbé. Il ajoute que la situation pourrait les inciter à partir si des biens de première nécessité « devenaient indisponibles ». « L’ambassade des Etats-Unis a proposé de nous aider pour une évacuation », indique-t-il, mais ils ont décliné cette offre. Asad, qui travaille dans le développement de logiciels pour une entreprise de la Silicon Valley, précise que « le travail se poursuit normalement » de chez eux, même s’il admet qu’« il est difficile de rester concentré tout en surveillant la situation » sur les réseaux sociaux. Leur vie sociale est pour l’instant « en suspens jusqu’à la fin des hostilités ». Ils passent principalement leur temps à l’intérieur de leur quartier sécurisé, « avec de brèves sorties pour faire les courses », précise-t-il.
En Arabie saoudite, Nicolas Thioulouse, un Français de 47 ans récemment arrivé avec sa femme australienne et leurs deux enfants, constate que « pas mal de personnes » ont quitté son quartier « ces derniers jours », principalement pour l’Europe, après avoir reçu « une offre qui ne se refuse pas » dans la promotion immobilière. Cependant, il estime qu’« on a plus de chance de mourir d’un accident de voiture à Sydney que d’être frappé par un missile à Riyad ». Lorraine Soulier, directrice du réseau d’agences immobilières de luxe Barnes Dubaï, renchérit en affirmant que vivre actuellement dans la région « c’est comme vivre en France avec le risque d’une attaque terroriste ou d’un cambriolage ».

