Grande Bretagne : Les députés reportent le vote sur l’accord de Brexit

Les députés britanniques renvoient Boris Johnson négocier avec l’Union européenne. Ils ont voté samedi pour un amendement demandant un report du vote concernant l’accord obtenu cette semaine entre le premier ministre britannique et l’Union européenne (UE).

L’amendement en ce sens, déposé par le député indépendant Oliver Letwin, a été approuvé par 322 voix contre 306. Pour ses partisans, il vise à donner plus de temps aux députés afin de débattre de l’accord dans ses détails sans risquer un retrait sans entente le 31 octobre s’ils n’ont pas fini.

Je ne négocierai pas de retard avec l’UE, et la loi ne peut pas me contraindre à le faire, a déclaré M. Johnson au Parlement après le vote.

Ce fameux amendement, qui tient en 26 mots, visait à contrer les Brexiters les plus ardents qui, une fois l’accord de divorce approuvé par le Parlement, auraient pu tenter d’en faire dérailler l’application afin d’obtenir une séparation de l’UE à leurs conditions.

Mon objectif est de faire en sorte que l’accord de Boris réussisse, mais que nous ayons aussi une politique d’assurance qui empêche le Royaume-Uni de sortir accidentellement et par erreur le 31 octobre si quelque chose se passe mal lors de l’examen de la loi de mise en oeuvre, avait soutenu M. Letwin dans la présentation de son amendement.

« Je vais dire à mes amis et mes collègues de l’UE exactement ce que j’ai dit à tous au cours des 88 derniers jours, depuis que je sers en tant que premier ministre : que tout report serait mauvais pour ce pays, mauvais pour l’Union européenne et mauvais pour la démocratie. » Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

L’UE recevra une… ou deux lettres de Boris Johnson

Au Parlement, certains voient dans son ton de défi le signe qu’il enverra deux lettres à Bruxelles : une première – dictée par la loi Benn – dans laquelle il doit demander à l’UE un nouveau report du Brexit jusqu’au 31 janvier 2020, et une deuxième qui demanderait aux Européens de ne pas tenir compte de la première.

Certains pensaient aussi qu’il pourrait ne pas appliquer la loi – et que l’affaire pourrait alors être tranchée en justice – mais une source à l’UE a rapporté en début de soirée que Boris Johnson avait indiqué à Donald Tusk, lors d’une conversation téléphonique, que la lettre prévue par la loi Benn lui parviendrait d’ici la fin de la journée.

Dans un message adressé parallèlement aux députés des Communes, le chef du gouvernement écrit : Il est tout à fait possible que nos amis dans l’Union européenne rejettent la demande parlementaire d’une nouvelle extension (ou qu’ils ne prennent pas de décision rapidement).

Et maintenant ?

Boris Johnson a convoqué les élus à des séances intensives, la semaine prochaine, pour faire adopter tous les points contenus dans l’accord obtenu jeudi avec l’Union européenne. Cette démarche pourrait offrir la possibilité aux députés, y compris dans l’opposition, d’amender ces textes et d’essayer, pour le Parti travailliste par exemple, d’introduire l’obligation d’organiser un référendum de confirmation de cet accord.

Selon Jacob Rees-Mogg, ministre chargé des Relations avec le Parlement, un nouveau vote sur l’accord sera organisé lundi, mais cette décision revient au président de la Chambre des communes, John Bercow, qui a dit qu’il se prononcerait sur la question lundi.

La tenue de nouvelles élections, initialement prévues pour mai 2020, fait aussi partie des options envisagées.

Mina Andreeva, porte-parole en chef de la Commission européenne, a déclaré sur Twitter que la Commission prend note du vote qui s’est tenu aujourd’hui à la Chambre des communes sur l’amendement Letwin, qui signifie que l’accord de retrait en lui-même ne sera pas soumis à un vote aujourd’hui.

Un accord a été négocié, il appartient désormais au Parlement britannique de dire s’il l’approuve ou le rejette […] Il faut un vote sur le fond. Un délai supplémentaire n’est dans l’intérêt de personne, a souligné une source diplomatique française à l’agence Reuters.

L’expérience des trois dernières années a été si difficile pour notre pays et une si grande source de division, c’est pourquoi il est maintenant si urgent que nous construisions une nouvelle relation avec nos amis de l’Union européenne, avait déclaré Boris Johnson en ouverture de session.

Arguant que l’accord était la meilleure solution possible, le premier ministre britannique avait affirmé que le texte permettrait de réunir à nouveau le pays, très divisé sur le Brexit depuis son vote par référendum en 2016. Adoptons un accord qui puisse guérir ce pays, avait-il lancé.

Après les trois échecs de ratification essuyés par sa prédécesseure, Theresa May, Boris Johnson n’était pas tout à fait dans une meilleure posture à 12 jours de l’échéance de la date prévue de sortie de l’Union européenne.

Son parti ne disposant que de 288 sièges, il devait donc rallier une trentaine d’autres élus. Or, les principaux partis d’opposition avaient signifié leur désaccord, de même que le parti unioniste nord-irlandais DUP, traditionnel allié des conservateurs dans ce dossier.

« Je comprends parfaitement la frustration et la fatigue qui règnent au sein du pays et au sein de la Chambre. Mais nous ne pouvons tout simplement pas voter pour un accord qui est encore pire que celui que cette Chambre a rejeté trois fois. » Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste

La rue se fait entendre

Alors que les élus siégeaient, plusieurs dizaines de milliers de personnes défilaient dans les rues de Londres pour demander la tenue d’un nouveau référendum.

« Je suis furieuse de ne pas être écoutée », explique Hannah Barton, âgée de 56 ans et originaire du centre de l’Angleterre. Presque tous les sondages montrent que les gens veulent désormais rester au sein de l’UE.

Pour James McGrory, directeur de la campagne People’s Vote à l’origine du rassemblement, le gouvernement doit entendre la colère des pro-Europe – les « Remainers » – et organiser un autre référendum sur le Brexit, trois ans après la victoire du oui lors de la consultation de 2016 (52 % contre 48 %).

En entrevue à l’émission Les faits d’abord, sur les ondes d’ICI Première, le député conservateur britannique Tom Tugendhat, a expliqué que tenir un second référendum serait un processus assez absurde, car un second référendum devrait alors faire mieux, pour être accepté, que les résultats sacrés du précédent référendum [17,4 millions de votes favorables, soit 52 %].

La réalité, c’est que nous les députés devons prendre nos responsabilités et agir dans le meilleur intérêt du pays, a-t-il conclu.

Réaction européennes

En France, Emmanuel Macron, qui s’est lui aussi entretenu avec Boris Johnson dans l’après-midi, a insisté sur la nécessité d’une clarification rapide de la position britannique sur l’accord négocié et finalisé et indiqué qu’un délai ne serait dans l’intérêt d’aucune partie, a-t-on appris auprès d’un responsable à l’Élysée.

À Dublin, le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a réaffirmé que l’accord de retrait trouvé jeudi entre l’Union européenne et le Royaume-Uni défendait les intérêts de l’Irlande.

Les Communes ont voté aujourd’hui pour différer leur décision sur la ratification ou non de cet accord. À cette heure, aucune demande d’extension n’a été faite par le gouvernement britannique, a-t-il poursuivi sur Twitter.

Si cela devait se produire, une extension ne pourrait être accordée qu’à l’unanimité des Vingt-Sept, a ajouté Varadkar.

Le député européen Guy Verhofstadt a indiqué que le groupe de pilotage sur le Brexit au Parlement européen, qu’il préside, se réunirait lundi pour étudier les conséquences du vote de ce jour.

Quoi qu’il se passe maintenant, les manifestations devant le Parlement [britannique] montrent à quel point il importe que la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni soit une relation étroite, a-t-il ajouté, en allusion aux manifestations des anti-Brexit samedi à Londres.

En Pologne, le premier ministre Mateusz Morawiecki a dit espérer que le vote intervenu dans l’après-midi à la Chambre des communes n’était pas un rejet de l’accord, mais un report de son acceptation. Éviter un Brexit chaotique et sans accord doit être notre priorité, a-t-il ajouté sur Twitter.

Avec agences