France: Philippe place « l’acte II du quinquennat » sous le signe de l' »urgence »

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Fiscalité, écologie, immigration, social… Pour sa deuxième déclaration de politique générale, le Premier ministre Edouard Philippe a détaillé mercredi « l’acte II du quinquennat », qu’il a placé sous le signe de « l’urgence », du « réchauffé » pour les oppositions.

« Voilà deux ans maintenant que nous gouvernons et il y a toujours urgence », a commencé le chef du gouvernement devant l’Assemblée nationale. Après sept mois marqués par l’enchaînement de la crise des « gilets jaunes », du grand débat national et des élections européennes, il a promis « un profond changement de méthode », qui sera aussi « un changement de ton », mais avec « constance » et « cohérence ».

Attendu sur le thème de l’écologie après les promesses vertes de l’exécutif et la percée écologiste aux européennes, le Premier ministre s’est engagé à ce que les douze prochains mois « soient ceux de l’accélération écologique ». Et de glisser: « Plus personne n’a aujourd’hui le monopole du vert ».

Le projet de loi contre le gaspillage préparé par Brune Poirson aura rang de « priorité » et arrivera en septembre à l’Assemblée. L’exécutif, qui veut s’attaquer avec plus d’efficacité à la rénovation thermique des logements, s’engage aussi à traduire en projets de loi des mesures proposées par la nouvelle « convention citoyenne » et envisage d’en soumettre « les plus puissantes » à référendum.

Sur les sujets sociaux, Edouard Philippe a confirmé un « bonus-malus » en matière d’assurance-chômage, mais limité aux 5 à 10 secteurs utilisant le plus de contrats courts. En matière de retraites, l’âge légal sera maintenu à 62 ans, mais un « âge d’équilibre » sera défini en dessous duquel s’appliquera une décote et au-delà une surcote pour les pensions. C’est « l’hypocrisie la plus absolue », a réagi le numéro un du PS Olivier Faure dans les couloirs du Palais Bourbon, dénonçant globalement « effet placebo et procrastination » dans ce discours.

En matière fiscale, la baisse de cinq milliards d’euros de l’impôt sur le revenu consistera à ramener de 14% à 11% le taux de la première tranche, dans laquelle se situent les deux tiers (environ 12 millions sur 17) des ménages. Soit une baisse de 350 euros en moyenne pour les contribuables situés dans cette première tranche, et 180 euros pour les autres. Au total, les impôts des ménages auront baissé de 27 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat, selon le gouvernement.

Pour répondre à l’embouteillage parlementaire, c’est le projet de loi bioéthique, qui inclut la promesse d’Emmanuel Macron d’une procréation médicalement assistée (PMA) étendue à toutes les femmes, qui l’a emporté au détriment de la révision constitutionnelle. Le texte sur la bioéthique sera examiné « dès la fin septembre » à l’Assemblée.

Et le Premier ministre a ouvert la porte à un report de la révision constitutionnelle après les sénatoriales de septembre 2020. « Nous ne mobiliserons pas du temps parlementaire pour, in fine, constater le désaccord du Sénat » à majorité de droite, a argué le chef du gouvernement, alors qu’au même moment sa déclaration était lue devant une chambre haute quasi au complet.

Autre annonce: le débat annuel au Parlement annoncé par Emmanuel Macron sur le sujet explosif de l’immigration aura lieu pour la première fois « en septembre ».

Après lui à la tribune, Virginie Duby-Muller pour LR a vu dans ce discours d’un « pseudo acte II » du quinquennat « un cache-misère un peu réchauffé ».

Jean-Luc Mélenchon a profité de l’exercice pour tirer son bilan de l’échec des Insoumis aux européennes, reconnaissant que la « suite du combat » s’annonce « dans des conditions très dures ». Mais « nous ne céderons pas », a-t-il lancé au chef du gouvernement, l’accusant avec sa politique d’un « passage en force contre le pays ».

Dans les couloirs, et en l’absence de Marine Le Pen, Sébastien Chenu (RN) a critiqué « un Premier ministre satisfait de lui » et dans la « continuité totale de ce qui a été fait depuis deux ans ».

Les députés vont voter en début de soirée sur la confiance au gouvernement, sans risque compte tenu de la prééminence du groupe La République en marche, associé au MoDem (plus de 350 députés sur 577).

Quasi certitude, l’ex-LR ne fera pas mieux que le 4 juillet 2017: il avait reçu la confiance par 370 voix contre 67, et un nombre record de 129 abstentions. Soit la plus faible opposition sur un vote de politique générale depuis 1959.

Une large majorité de la petite centaine de députés LR – principal groupe d’opposition dont les trois quarts s’étaient abstenus en juillet 2017 – ainsi que l’ensemble de la gauche devraient voter contre mercredi.

Le résultat sera particulièrement surveillé avec une droite en plein doute après le pire score de son histoire (8,5%) le 26 mai.

Fait rare – et même une première avec un Sénat contrôlé par l’opposition – la déclaration du Premier ministre jeudi matin (9H30) devant les sénateurs sera également suivie d’un vote.