Financement du terrorisme en Syrie : 6 ans de prison pour Bruno Lafont
Bruno Lafont, ancien PDG de Lafarge, a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate, tandis que l’ex-directeur général adjoint Christian Herrault a été condamné à cinq ans de prison. Le tribunal a également condamné le groupe Lafarge à une amende maximale de 1,125 million d’euros et à une amende douanière de 4,57 millions d’euros pour le non-respect des sanctions financières internationales.
De lourdes condamnations ont été prononcées ce lundi à l’encontre d’anciens dirigeants du cimentier français Lafarge. Le tribunal de Paris les a déclarés coupables de financement de terrorisme pour des actes commis en 2013 et 2014. Ils avaient versé des fonds à des groupes djihadistes pour permettre le fonctionnement d’une usine en pleine guerre en Syrie. Bruno Lafont, l’ancien PDG de Lafarge, a écopé de six ans de prison avec incarcération immédiate. Son avocate, Jacqueline Laffont, a annoncé son intention de faire appel. Une incarcération immédiate a également été ordonnée pour l’ex-directeur général adjoint Christian Herrault, condamné à cinq ans de prison.
Le tribunal a également condamné six autres anciens responsables à des peines variant de 18 mois à sept ans de prison. Lafarge a été condamné à payer l’amende maximale de 1,125 million d’euros, ainsi qu’une amende douanière de 4,57 millions d’euros, solidairement avec quatre anciens responsables, pour non-respect des sanctions financières internationales, une autre infraction centrale au procès.
Le Pnat a estimé que Bruno Lafont avait « donné des directives claires » pour maintenir l’activité de l’usine, un « choix purement économique, ahurissant de cynisme ». Dans ce dossier mêlant le monde des affaires internationales, la géopolitique et des enjeux de renseignement, l’affaire Lafarge illustre la compromission d’une entreprise du CAC40 pour préserver ses intérêts dans une Syrie ravagée par la guerre, alors que d’autres multinationales avaient quitté le pays.
La société, désormais contrôlée par l’entreprise suisse Holcim, avait effectué des paiements à trois organisations djihadistes, dont Daesh, s’élevant à près de 5,6 millions d’euros, selon le jugement du tribunal correctionnel. Ce dernier a souligné que ces versements avaient permis de « préparer des attentats terroristes », y compris ceux de janvier 2015 en France.
La présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, a affirmé que l’entreprise avait établi un « véritable partenariat commercial avec l’Etat islamique », notant que le montant versé aux organisations djihadistes, « jamais atteint », révélait la « gravité extrême des faits ». Au cours du procès de novembre et décembre, la défense a tenté de renverser le récit selon lequel la cimenterie de Jalabiya, un investissement de 680 millions d’euros, avait été maintenue pour des motifs exclusivement financiers au détriment de la sécurité de ses mille salariés.
Ce système prévoyait le versement d’argent pour financer l’acquisition d’intrants nécessaires à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et pour effectuer des « paiements de sécurité » afin de permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région. Bien que les prévenus aient prétendu avoir été victimes de « racket », ce terme a suscité une réaction chez la présidente du tribunal. Plusieurs messages internes chez Lafarge évoquaient plutôt des « négociations » ou des « accords ».
Des victimes des attentats du 13 novembre se sont constituées parties civiles dans cette affaire, considérant qu’elle était l’un des « rouages » des attentats qui ont ensanglanté la France dans les années suivantes. Bruno Pescheux, l’un des acteurs du dossier et directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l’été 2014, a expliqué : « Il y avait cette conviction que (la guerre) n’allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu’on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n’est jamais venue. »
Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya a finalement été évacuée par Lafarge dans l’urgence, le 18 septembre 2014, face à l’avancée de Daesh. Le lendemain, elle est tombée aux mains des djihadistes.

