Extrader Assange aux Etats-Unis ? Il y a un risque de « torture ou de traitements inhumains »

L’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis, où il est accusé d’espionnage, aurait un « effet paralysant sur la liberté de la presse », a mis en garde jeudi la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic. La « possible extradition » du fondateur de Wikileaks, actuellement détenu au Royaume-Uni, « a des implications en termes de droits de l’homme qui dépassent largement son cas individuel », a estimé Mme Mijatovic dans un communiqué.

« Les accusations générales et vagues contre (lui) et les délits mentionnés dans l’acte d’accusation (le visant) sont troublants, dans la mesure où beaucoup d’entre eux concernent des activités qui sont au coeur même du journalisme d’investigation », a insisté la commissaire.

« Autoriser l’extradition de Julian Assange sur cette base aurait « un effet paralysant sur la liberté de la presse » et pourrait « empêcher » les médias « d’accomplir leur tâche de fournisseurs d’informations » et de « garde-fous dans les sociétés démocratiques », selon Mme Mijatovic.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Nils Melzner, a par ailleurs estimé que, dans l’hypothèse d’une extradition, « tant les conditions de détention aux Etats-Unis que la peine qui pourrait lui être infligée » par la justice américaine présentent un risque de torture ou de traitements inhumains ou dégradants, rappelle encore la Commissaire.

Julian Assange « ne doit pas être extradé », conclut Mme Mijatovic, qui assure qu’elle va continuer « à surveiller de près » la situation de l’activiste australien.

Détenu à Belmarsh, dans le sud de Londres depuis son arrestation en avril 2019 à l’ambassade d’Equateur, Julian Assange, 48 ans, est réclamé par Washington. Il encourt aux Etats-Unis jusqu’à 175 ans d’emprisonnement pour espionnage.

Les autorités américaines lui reprochent d’avoir mis en danger certaines de leurs sources au moment de la publication en 2010 de 250.000 câbles diplomatiques et d’environ 500.000 documents confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan.