Erdogan menace l’Europe d’un flux de migrants en réponse aux critiques de son offensive en Syrie

Tandis que les critiques internationales s’abattent sur Ankara, qui a lancé une offensive à la frontière syrienne contre les forces kurdes, le chef d’Etat turc a mis en garde les pays européens, menaçant d’un nouveau flux de migrants.

« Si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants« , a déclaré le président turc.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé jeudi d’ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés en réponse aux critiques européennes contre l’offensive turque en cours dans le nord-est de la Syrie. « Elle doit cesser » a lancé le ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian mercredi soir, à propos de cette attaque.

« Ô Union européenne, reprenez-vous. Je le dis encore une fois, si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants », a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Ankara. La Turquie accueille 3,6 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Erdogan a poursuivi, à l’attention des nations européennes : «Vous n’avez jamais été sincères. A présent ils disent qu’ils vont bloquer trois milliards d’euros [promis à la Turquie dans le cadre de l’accord migratoire conclu en 2016 entre Bruxelles et Ankara, qui a fait tarir le flux de migrants provenant de Turquie]. Avez-vous jamais respecté une promesse qui nous a été faite ? Non !», a encore martelé Recep Tayyip Erdogan. «Avec l’aide de Dieu, nous poursuivrons notre chemin, mais nous ouvrirons les portes [aux migrants]», a-t-il conclu dans des propos rapportés par l’AFP.

Le dirigeant a néanmoins précisé, au sujet des terroristes incarcérés sur place : «Nous ferons ce qui est nécessaire avec les prisonniers de l’EI […] Ceux qui doivent rester en prison, nous les y maintiendrons, et nous renverrons les autres dans leur pays d’origine, si ces derniers les acceptent.»

Le 5 septembre dernier, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays accueille près de quatre millions de réfugiés syriens, avait déjà menacé d’en laisser affluer une nouvelle vague vers l’Union européenne s’il n’obtenait pas davantage d’aide internationale. «Si cela n’arrive pas, nous serons obligés d’ouvrir les portes. Soit vous nous aidez, soit, si vous ne le faites pas, désolé, mais il y des limites à ce que l’on peut supporter», avait expliqué le président turc, ajoutant vouloir l’établissement d’une «zone de sécurité».

Une opération très contestée

Les pays européens ont vivement critiqué l’opération lancée mercredi par la Turquie dans le nord-est de la Syrie contre une milice kurde, les YPG, considérée comme terroriste par Ankara mais soutenue par les Occidentaux car elle constitue le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI , Daech).

« Vous n’avez jamais été sincères. A présent ils disent qu’ils vont bloquer trois milliards d’euros (promis à la Turquie dans le cadre de l’accord migratoire). Avez-vous jamais respecté une promesse qui nous a été faite ? Non », a encore martelé M. Erdogan. « Avec l’aide de Dieu, nous poursuivrons notre chemin, mais nous ouvrirons les portes » aux migrants, a-t-il ajouté.

Des inquiétudes sur le sort des prisonniers de Daech

En parallèle de ces propos au vitriol, le président turc s’est cependant efforcé de rassurer sur un autre point qui inquiète les Occidentaux, Européens en tête : le sort des membres étrangers du groupe Etat islamique actuellement détenus par les forces kurdes.

« Nous ferons ce qui est nécessaire avec les prisonniers de Daech , a-t-il assuré. « Ceux qui doivent rester en prison, nous les y maintiendrons, et nous renverrons les autres dans leur pays d’origine, si ces derniers les acceptent. »

Macron : Cette offensive pourrait permettre à Daech de reformer son califat.

En déplacement ce jeudi à Lyon, Emmanuel Macron a été interrogé sur l’offensive turque en Syrie de ce mercredi. Le président français a appelé « à mettre un terme le plus rapidement possible » à cette offensive qui « risque d’aider Daech à reconstruire son califat ».

« Je condamne avec la plus grande fermeté l’offensive militaire unilatérale en Syrie et j’appelle la Turquie à y mettre un terme le plus rapidement possible », a-t-il affirmé. « Ce risque d’aider Daech à reconstruire son califat, c’est la responsabilité que prend la Turquie », dénonce-t-il encore.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé ce 9 octobre le début d’une nouvelle opération militaire contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) soutenue par les pays occidentaux, mais bête noire d’Ankara. «Les Forces armées turques et l’Armée nationale syrienne [des rebelles syriens soutenus par Ankara] ont débuté l’opération « Source de paix » dans le nord de la Syrie», avait déclaré le chef d’Etat sur Twitter. «Notre mission est d’empêcher la création d’un couloir terroriste via notre frontière sud et rétablir la paix dans la région», avait-il fait valoir. Une opération menée dans le nord du pays qui a suscité de nombreuses critiques internationales.