Erdogan lance une opération militaire en Syrie

Le Président turc a déclaré qu’une nouvelle opération militaire contre une milice kurde avait commencé dans le nord-est de la Syrie. Elle a été baptisée le Puits de la paix.

Le Président turc a déclaré qu’une nouvelle opération militaire contre une milice kurde avait commencé dans le nord-est de la Syrie. Elle a été baptisée le Puits de la paix.

«Le but de la Turquie est d’éliminer le corridor terroriste à la frontière sud, d’établir la paix et la sérénité dans la région», a dit Erdogan, cité par l’agence Anadolu.

Selon la chaîne CNN turque, la nouvelle offensive a commencé avec des frappes aériennes.

Dans le cadre d’une nouvelle offensive qu’Ankara s’apprête à mener contre une milice kurde, les premiers militaires turcs ont traversé la frontière dans le nord-est de la Syrie, écrit Bloomberg qui se réfère à une source turque.

Des avant-gardes turques ont pénétré mercredi 9 octobre le nord-est de la Syrie, près des villes syriennes de Tal Abyad et Ras al-Ayn, a indiqué à Bloomberg une source turque sous couvert de l’anonymat.

«Un petit groupe d’avant-garde des forces turques est entré en Syrie tôt le mercredi à deux points le long de la frontière, non loin des villes syriennes de Tal Abyad et Ras al-Ayn», rapporte Bloomberg se référant à son interlocuteur.

De nombreux véhicules blindés

Dans le même temps, plusieurs vidéos diffusées par les agences Anadolu, Ruptly et la chaîne RT montrent de nombreux véhicules blindés et des militaires turcs s’amasser à la frontière avec la Syrie.

L’une des séquences montre des chars M60 et des véhicules de transport de troupes M113. Les autres enregistrements dévoilent une colonne militaire observée à l’entrée de la ville d’Akçakale, dans la province de Şanliurfa, à quelques centaines de mètres de la frontière syrienne. Différents types de véhicules blindés, des camions militaires, ainsi que des systèmes d’artillerie sont visibles. Selon Anadolu, le convoi est composé d’environ 130 véhicules.
Dans la nuit du 8 au 9 octobre, le directeur de la communication de Recep Tayyip Erdogan a déclaré que l’armée turque, épaulée par l’armée syrienne libre, va franchir «sous peu» la frontière turco-syrienne.

Deux hauts responsables turcs ont indiqué mardi 8 octobre à Reuters que l’armée turque avait mené des frappes à la frontière entre l’Irak et la Syrie dans la nuit de lundi à mardi pour empêcher les forces kurdes d’envoyer par cette route des renforts dans le nord-est de la Syrie.

Damas réagit 

«La Syrie réitère sa détermination (…) à contrecarrer l’agression turque, et ce par tous les moyens légitimes», souligne une source du ministère des Affaires étrangères citée par Sana, dénonçant par ailleurs «les renforts militaires à la frontière».

Dénonçant les «ambitions expansionnistes turques», le communiqué des Affaires étrangères syriennes condamne «les renforts militaires à la frontière».

La Syrie «fait porter la responsabilité de ce qui est en train de se passer à certaines organisations kurdes», souligne par ailleurs le texte, rappelant que les autorités les ont averties de ne pas devenir «des outils au service de la politique américaine contre leur patrie».

Malgré tout, Damas «est disposée à accueillir dans son giron ses enfants égarés».

Macron «très préoccupé»

Le président français Emmanuel Macron, «très préoccupé» par la perspective d’une offensive imminente de la Turquie dans le nord de la Syrie, a rencontré lundi la responsable kurde Ilham Ahmed, a indiqué mercredi l’Elysée.

«L’idée est de montrer que la France est au côté des FDS (Forces démocratiques syriennes, ndlr), parce que ce sont des partenaires clés dans la lutte contre Daech, qu’on est très préoccupé de la possibilité d’une opération turque en Syrie et qu’on passera ces messages directement aux autorités turques», a expliqué à l’AFP l’entourage du chef de l’Etat.

Offensive turque

Les Kurdes du nord de la Syrie, confrontés aux atermoiements de leur allié américain, ont décrété mercredi une «mobilisation générale» de trois jours face à la perspective d’une offensive imminente de la Turquie, en exhortant les habitants de la région à la «résistance».

Après l’annonce dimanche par la Maison Blanche d’un retrait des soldats américains de Syrie, le président américain Donald Trump a soufflé le chaud et le froid, assurant ne pas avoir «abandonné» les Kurdes et menaçant d’anéantir «complètement l’économie de la Turquie» si celle-ci «dépassait les bornes».

Le Premier ministre Edouard Philippe avait ironisé mardi sur cette communication, en soulignant que le gouvernement français préférait «dire les choses avec constance et cohérence», «plutôt que de réagir au gré d’hésitations manifestes de certains acteurs, notamment de nos amis américains».

Paris avait exhorté lundi la Turquie à s’abstenir de toute opération militaire en Syrie, qui contribuerait selon la France à la résurgence du groupe terroriste EI ou Daesh .

Poutine appelle Erdogan à “bien réfléchir”

Le président russe Vladimir Poutine avait appelé mercredi son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à « bien réfléchir » avant de lancer une offensive contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie, a indiqué un communiqué du Kremlin.

« Poutine a appelé ses partenaires turcs à bien réfléchir à la situation afin d’éviter de porter atteinte aux efforts communs visant à résoudre la crise syrienne », affirme ce communiqué, publié après un entretien téléphonique entre les deux présidents.

L’Iran met aussi en garde la Turquie

Le président iranien Hassan Rohani a appelé mercredi la Turquie à repenser sa décision de lancer une offensive sur le nord de la Syrie, lors d’un conseil des ministres à Téhéran. Il a affirmé comprendre l’inquiétude d’Ankara à propos de la sécurité à sa frontière sud mais la Turquie doit faire attention à ne pas s’engager sur la mauvaise voie, a-t-il mis en garde.

Seule l’armée syrienne peut garantir la sécurité à la frontière turco-syrienne, selon le président iranien. C’est pourquoi toutes les parties prenantes doivent soutenir la Défense syrienne afin que celle-ci mène à bien cette tâche, a-t-il poursuivi.

L’Iran est un important allié du président syrien Bachar al-Assad dans la guerre civile qui ravage ce pays de près de 20 millions d’habitants depuis 2011. La Turquie soutient pour sa part les rebelles. Avec les États-Unis, elle a convenu de l’instauration d’une zone tampon entre la frontière turque et les zones du nord-est de la Syrie contrôlées par des forces kurdes, qualifiées de “terroristes” par Ankara.