En Norvège, un déserteur de Wagner prêt à livrer ses secrets sur le sulfureux groupe russe

Dans une vidéo diffusée ce week-end par l’ONG Gulagu.net, ce Russe au visage carré et aux cheveux coupés ras assure avoir combattu en Ukraine en tant que chef d’une section d’une dizaine d’hommes au sein de Wagner.

Un groupe sulfureux dont il dit avoir déserté quand son contrat de quatre mois a été prorogé contre son gré en novembre.

« C’est un individu intéressant essentiellement en tant que témoin de première main au sein du groupe Wagner (…), y compris dans d’éventuels procès d’après-guerre sur les atrocités commises en Ukraine », estime Tor Bukkvoll, chercheur à l’Institut norvégien de recherche de la défense.

« Il a probablement été à Bakhmout », une ville de l’est de l’Ukraine dont les troupes russes tentent de s’emparer depuis des mois, « et il peut raconter des choses de l’intérieur qu’aucun autre n’a pu relater », explique-t-il à l’AFP.

Dans un entretien avec le site internet The Insider en décembre, Alexeï Medvedev dit avoir connaissance de dix exécutions par Wagner de mercenaires refusant de retourner au combat.

Il y précise aussi avoir en sa possession une vidéo montrant la mise à mort de deux d’entre eux et appelée à être rendue publique s’il devait lui arriver malheur.

Lui-même aurait eu sous ses ordres Evguéni Noujine, un homme accusé de s’être rendu aux forces ukrainiennes et tué à coups de masse à son retour dans les rangs russes.

L’AFP n’a pas été en mesure de confirmer de façon indépendante la véracité de ses propos.

Clés USB

Brièvement arrêté à son arrivée en Norvège où il a demandé l’asile, Alexeï Medvedev a été ou devait être entendu par les autorités, aussi bien par celles de l’immigration que par la brigade criminelle (Kripos) qui participe à l’enquête internationale sur les crimes de guerre en Ukraine.

« Il a lui-même dit qu’il a été membre du groupe Wagner et c’est intéressant pour Kripos d’obtenir plus d’informations sur cette période », a fait valoir la police mardi.

Son avocat norvégien, Brynjulf Risnes, a déclaré à l’AFP que son client était « prêt à parler de son expérience au sein du groupe Wagner aux gens qui enquêtent sur des crimes de guerre ».

Selon lui, le déserteur avait sur lui plusieurs clés USB au moment de sa fuite en Norvège.

« Ce qu’il a à dire est intéressant parce qu’on n’a pas beaucoup de témoignages directs de soldats de Wagner mais deux nuances s’imposent », décrypte Tor Bukkvoll.

« D’abord, la brutalité de Wagner est notoire depuis longtemps, avant même le conflit en Ukraine, comme en Syrie où le groupe a tué des prisonniers », remarque le chercheur. « Et Medvedev semble avoir été à un échelon assez bas de l’organisation et il est donc improbable qu’il fasse des révélations sur ce qui se passe aux échelons supérieurs ».

L’articulation exacte de Wagner, fondé en 2014, avec l’armée russe reste un sujet d’interrogations, de nombreux observateurs disant voir des tensions entre les deux forces sur fond d’ambitions politiques prêtées au dirigeant de ce groupe paramilitaire, l’homme d’affaires Evguéni Prigojine.

Si M. Prigojine a mis en avant le fait que seuls ses hommes avaient combattu dans la localité de Soledar, dans l’est de l’Ukraine, et dont Moscou a revendiqué la conquête, le Kremlin a nié l’existence de quelconques divisions.

Wagner, qui a abondamment recruté dans les prisons russes pour combattre en Ukraine, a ironisé après la défection d’Alexeï Medvedev.

Ce dernier a lui-même été condamné à deux ans avec sursis pour vol et a finalement purgé une partie de la peine après un conflit avec un représentant des autorités, selon son avocat norvégien.

« Il devait être poursuivi pour avoir essayé de violenter des prisonniers », a commenté M. Prigojine, via son service de presse. « Il était jusqu’ici sur la liste des personnes recherchées. Soyez prudents, il est très dangereux ».

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