En Iran, la police des mœurs est sur la sellette

Les secousses de la mort de Mahsa Amini, 22 ans, continuent de fragiliser le régime du guide suprême Ali Khamenei. Aux prises avec des manifestations dans le Kurdistan iranien, d’où était originaire la victime, mais aussi à Téhéran et dans d’autres villes du pays, les forces de sécurité ont réagi avec brutalité. Au moins trois personnes ont péri dans les répressions, selon le gouverneur du Kurdistan.

Au-delà des violences de rues, l’émoi ne retombe pas après la mort de cette jeune femme, arrêtée le 13 septembre à Téhéran où elle était en visite avec sa famille, pour « port de vêtements inappropriés » par la police des mœurs. Mahsa Amini est décédée trois jours plus tard à l’hôpital, visiblement des suites d’une blessure à la tête.

Un pilier du régime vacille

Lors de mobilisations inédites rapportées par des vidéos, des Iraniennes se mettent en scène en enlevant leur voile ou encore en coupant leurs cheveux. Dans la ville de Kerman, l’une de ces actions s’est tenue sur la place centrale sous les encouragements de la foule scandant « Mort au dictateur ! »

De quoi faire trembler le pouvoir, visiblement fragilisé. Le représentant d’Ali Khamenei au Kurdistan, Abdolreza Pourzahabi, s’est ainsi rendu lundi au domicile familial de Masha Amini, pour y déclarer que « des mesures seront prises » et que l’ayatollah Khamenei était « peiné ».

D’autant plus remarquables, les critiques de hauts responsables iraniens contre la police des mœurs se multiplient. Connue sous le nom de Gasht-e Ershad ou « patrouille d’orientation », elle est l’un des piliers du régime. Au Parlement, le député Jalal Rashidi Koochi a ainsi estimé que la police des mœurs « cause des dommages au pays ». Plus radical, le parlementaire Moeenoddin Saeedi a déploré « l’inefficacité du Gasht-e Ershad à faire comprendre la culture du hijab ». Et de proposer la suppression de l’unité, « afin que les enfants de ce pays n’aient pas peur quand ils croisent cette force ». Une proposition inédite dans ce pays tenu d’une main de fer par les autorités religieuses.