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Emploi aux Etats-Unis : une « fragilité » persistante malgré des fluctuations

Les Etats-Unis ont créé 178.000 emplois en mars après en avoir détruit presque autant le mois précédent, tandis que le taux de chômage a légèrement reflué à 4,3 %. Selon le rapport du BLS, la population active s’est réduite de près de 400.000 personnes entre février et mars, ce qui a porté le taux d’activité à 61,9 %, « soit son plus bas niveau depuis début 1977, hors pandémie ».


Bonne ou mauvaise nouvelle ? Depuis plusieurs semaines, les chiffres du marché du travail aux États-Unis affichent des variations marquées, entre destructions et créations d’emplois. Donald Trump y voit les effets bénéfiques de sa politique économique, tandis que des économistes soulignent des signes de fragilité.

Selon les données du ministère américain du Travail (BLS) publiées ce vendredi, les États-Unis ont créé 178 000 emplois en mars, après en avoir détruit presque autant le mois précédent. Le taux de chômage a légèrement reculé à 4,3 %.

Des créations d’emplois inattendues

Le taux de chômage se maintient ainsi presque au même niveau que l’année précédente, dans la fourchette du plein-emploi. Les marchés s’attendaient à un nombre de créations d’emplois nettement inférieur, estimé à environ 59 000 selon le consensus de MarketWatch.

« Ma politique économique a créé un moteur d’une énorme puissance que rien ne pourra arrêter », a déclaré Donald Trump sur son réseau Truth Social. Il a évoqué la croissance de l’emploi dans le secteur de la construction, selon lui liée à ses mesures incitant à la relocalisation de l’industrie aux États-Unis, bien que la grande majorité des créations de postes en mars proviennent de secteurs différents, principalement de la santé et du tourisme.

Un conflit au Moyen-Orient qui pourrait peser sur l’emploi

Le porte-parole adjoint de la Maison-Blanche, Kush Desai, a réaffirmé la position de la présidence, indiquant que les perturbations dues à la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains sur l’Iran, seraient « temporaires ». Ce conflit, qui se traduit par une forte hausse des prix à la pompe, pourrait entraîner une augmentation des coûts de production des entreprises, décourager la consommation, et affecter ainsi la croissance et l’emploi, d’après les économistes.

Des oscillations surprenantes

Les données du BLS ont connu des fluctuations déconcertantes ces derniers mois, avec des créations d’emplois parfois très au-dessus des attentes et d’autres fois des destructions inattendues. Les chiffres de février avaient été révélés comme un choc, affichant 92 000 destructions d’emplois. Le bilan révisé ce vendredi par le BLS est encore moins flatteur : 133 000 destructions. Cette période avait notamment été marquée par une grève dans le secteur de la santé, entraînant l’exclusion temporaire des salariés concernés des statistiques. La fin de la grève a donc provoqué une correction, sans toutefois expliquer l’ampleur de la reprise. Des emplois ont également été créés en mars dans les secteurs de la construction et de la logistique, selon le BLS.

Pas d’embauche, pas de licenciement… Un marché fragile

« Si l’on prend un peu de recul et qu’on regarde au-delà de la volatilité des statistiques, la moyenne des créations d’emplois pour février et mars tourne autour de 23 000 créations mensuelles », note Lydia Boussour, économiste au sein du cabinet EY-Parthenon. « C’est dans la veine de ce que nous avons observé précédemment : un marché du travail qui tient, mais qui est devenu plus fragile », ajoute-t-elle. Depuis près d’un an, les experts caractérisent largement le marché du travail américain comme étant en mode « no hire, no fire » ou « low hire, low fire » (peu ou pas d’embauche, peu ou pas de licenciements).

Une population active réduite

Les entreprises, refroidies notamment par les droits de douane imposés par le président Donald Trump et par le conflit récent, évitent de recruter, tout en ne réduisant pas considérablement leurs effectifs. Un autre point « à garder à l’esprit », selon Lydia Boussour d’EY-Parthenon : les dynamiques au sein de la population active stagnent, voire déclinent, sur fond de vieillissement et de politiques migratoires très restrictives du gouvernement Trump. Selon le rapport du BLS, la population active a diminué de près de 400 000 personnes entre février et mars. Le taux d’activité (la proportion de personnes en âge de travailler possédant un emploi ou en cherchant un) s’élève à 61,9 %, « soit son plus bas niveau depuis début 1977, hors pandémie », souligne Lydia Boussour.

Avec une faible demande de travailleurs, cela ne génère pas de tensions pour le moment, mais contribue à un « équilibre fragile », complète l’économiste. Moins d’arrivées aux États-Unis et davantage de départs soulèvent à plus long terme la question de l’impact sur l’économie américaine. « La croissance démographique et l’augmentation de la population active sont des facteurs importants pour la croissance économique. Si ces phénomènes ne se produisent pas, cela pourrait freiner la croissance », résumait mercredi devant des journalistes le président de la Réserve fédérale (Fed) de St. Louis, Alberto Musalem.