Elizabeth Warren, la démocrate qui grimpe aux USA grâce à son programme

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Frêle silhouette au discours combatif, la candidate progressiste à la Maison Blanche Elizabeth Warren s’est hissée sans tapage à la troisième place de la course à l’investiture démocrate avec un programme déjà très construit qui séduit les petites foules de ses meetings de campagne. 

« J’ai un projet pour cela »: sur un campus de Fairfax, en Virginie, sa phrase déjà devenue mantra de campagne est accueillie par les applaudissements nourris de quelques centaines de supporteurs.

Lutter contre les inégalités béantes, aider la classe moyenne, casser les monopoles, protéger le droit à l’avortement… L’expression reflète les propositions concrètes qu’elle a déjà publiées, contrairement à la vingtaine d’autres candidats du camp démocrate.

« C’est elle qui a le programme le plus détaillé », salue Cheryl Schoenberg, venue la voir avec son époux et leurs deux petites de cinq et dix ans. « Je veux quelqu’un qui nous inspire, (…) et je veux que mes filles voient cette femme, un excellent modèle pour elles ».

En personne, la sénatrice apparaît beaucoup moins rigide que l’image donnée à la télévision. « Voyons loin, luttons dur, on va gagner! »: dans un cri repris par le public, la sénatrice en veste rouge vif conclut un discours qui plonge dans ses racines pour expliquer ce qu’elle décrit comme le « combat » de sa vie.

Née dans une famille modeste au centre du pays, dans l’Oklahoma, elle découvre brutalement la cruelle incertitude économique lorsque son père, seul salaire de la famille, subit une crise cardiaque.

Mais sa mère parvient à trouver un emploi payé au salaire minimum, sauvant la famille de la pauvreté. Sauf qu’aujourd’hui, un même salaire ne pourrait plus suffire, et que la pente est encore plus raide pour les minorités, déplore la presque septuagénaire (70 ans en juin), devant l’assistance attentive à Fairfax.

Mariée une première fois à 19 ans, elle abandonne les études. Jeune maman, elle peut toutefois remettre le pied à l’étrier grâce à des écoles du soir abordables. Jusqu’à devenir enseignante pour enfants handicapés, puis professeure de droit à Harvard, puis sénatrice en 2013… puis candidate à la Maison Blanche, raconte-t-elle sous les applaudissements.

Mais les études coûtent désormais une fortune aux Etats-Unis, regrette-t-elle, expliquant pourquoi elle propose notamment d’annuler une partie des dettes étudiantes et d’instituer un réseau de crèches et maternelles abordables.

Pour financer ses mesures, Elizabeth Warren propose une taxe sur les très grandes fortunes, en dénonçant « un système qui marche à merveille pour ceux qui ont de l’argent mais pas pour tous les autres ».

Républicaine jusque dans les années 1990, elle explique avoir été peu militante à l’époque, avant de décider de quitter le parti lorsqu’elle a senti qu’il se rapprochait trop de Wall Street.

Spécialiste des questions de faillite, elle avait mis en garde contre la crise bien avant le krach de 2008, puis avait été appelée au Congrès pour superviser l’application du plan de sauvetage du secteur financier avant d’inspirer au président Barack Obama la création d’une agence de protection des usagers des banques.

Premier grand nom à entrer dans la course à l’investiture démocrate, elle est aujourd’hui en troisième place dans les sondages. A 8% en moyenne, elle reste loin derrière les deux premiers: le centriste Joe Biden (39%) et le sénateur indépendant Bernie Sanders (16%).

Mais sur le campus de Fairfax, les démocrates en quête de changement la voient, malgré son âge, comme une alternative « enthousiasmante » face aux deux vétérans de la politique pour espérer battre le républicain Donald Trump en novembre 2020.

Parce qu’elle a déjà tissé l’un des réseaux les plus développés dans les premiers Etats qui voteront à la primaire démocrate et qu’elle « oriente le débat » démocrate avec ses propositions, Elizabeth Warren a ses chances, selon Robert Boatright, professeur à l’université Clark, dans le Massachusetts où vit Elizabeth Warren.

« Mais elle a un bagage négatif », nuance-t-il en référence à la polémique sur des origines amérindiennes qu’elle a longtemps revendiquées, s’attirant des critiques et suscitant des doutes sur cet héritage très dilué dans son patrimoine génétique.

Donald Trump s’en moque, en la surnommant « Pocahontas », ce qui laisse certains démocrates craindre qu’elle soit trop vulnérable dans un duel avec le milliardaire.