Donald Trump, un canard boiteux à la présidentielle

Donald Trump avait prévu d’annoncer mardi soir, heure locale, sa candidature à l’élection présidentielle de 2024, à la faveur d’une conférence de presse convoquée à Mar-a-Lago, sa résidence de Floride. L’ancien Président aurait préféré déclarer son intention bien avant la conclusion des élections de mi-mandat, le 8 novembre dernier, mais les pontes du Parti républicain étaient parvenus, non sans mal, à l’en dissuader, au motif que cela aurait distrait inutilement les électeurs et détourné la lumière médiatique de candidats qui en avaient le plus grand besoin. Le milliardaire new-yorkais avait alors consenti à annoncer seulement… qu’il ferait « une très grosse annonce » le 15 novembre.

Le hic, c’est que Donald Trump a programmé son retour sur le devant de la scène politique au moment où il croyait encore à un raz-de-marée républicain aux midterms et, en particulier, à un triomphe des candidats qu’il soutenait dans les différents scrutins. Or le dénouement n’a pas été du tout celui escompté. Les Républicains n’ont pas pu empêcher les Démocrates de garder leur majorité au Sénat. S’ils l’emportent finalement à la Chambre des représentants, ce sera au mieux de presque rien. Enfin, ils doivent compter avec un nombre réduit de gouverneurs et des Assemblées locales qui ont basculé dans l’autre camp, parfois, comme au Michigan, pour la première fois depuis des lustres.

Donald Trump est, en outre, tenu pour largement responsable de ce naufrage. En imposant des candidats inexpérimentés, il a sacrifié les chances de Républicains plus aguerris et fait perdre au parti des sièges précieux. Dans la course au Sénat, par exemple, ses poulains ont tous été vaincus, à l’exception d’un seul, J. D. Vance, dans l’Ohio.

Bérézina en Arizona

L’Arizona, un solide bastion républicain qui a créé la surprise, en 2020, en élisant – de très peu – Joe Biden, montre à lui seul l’étendue du désastre. Des quatre candidats que Trump soutenait à des postes clés (tous des « deniers » qui estiment que la victoire à la présidentielle a été « volée » par les Démocrates), trois ont été battus et le dernier est en mauvaise posture. On a appris mardi l’élection au fauteuil de gouverneur de Katie Hobbs, qui a défait la complotiste Kari Lake au terme d’une lutte serrée. L’ex-astronaute Mark Kelly avait déjà enlevé le siège de sénateur en lice et le procureur Adrian Fontes la fonction de secrétaire d’État. Alors qu’il restait mardi une centaine de milliers de bulletins à dépouiller, la Démocrate Kris Mayes menait d’une courte tête pour devenir le prochain procureur général de l’État.

La déroute, en Arizona comme un peu partout dans le pays, des « deniers » devrait renforcer la démocratie américaine en réduisant les risques de contestation infondée des prochaines élections. Elle devrait parallèlement affaiblir Donald Trump, dont l’aura est irréparablement écornée. À l’heure où celui-ci réaffirme ses ambitions présidentielles, son emprise sur le parti n’a jamais été aussi fragilisée. Les voix y sont de plus en plus nombreuses à réclamer sa mise à l’écart

Il est à craindre, toutefois, que les partisans de l’ancien Président ne l’entendent pas de cette oreille, ce qui laisse présager des tensions considérables au sein du Parti et, si celles-ci ne sont pas résorbées d’ici là, des primaires sanglantes en 2024. Cela pourrait ouvrir une voie royale aux Démocrates, pour autant qu’ils puissent eux-mêmes régler la succession de Joe Biden, dont les capacités à assumer un second mandat sont ouvertement mises en doute.