Diana Russell, sociologue féministe renommée, est décédée

Née en Afrique du Sud, Diana Russell est connue pour ses travaux sur le féminicide, soit le fait qu’un homme tue une femme en raison de son genre, ainsi que pour avoir participé à la création d’un tribunal international des crimes commis contre les femmes, en mars 1976 à Bruxelles. Du 4 au 8 mars 1976, plus de 2.000 femmes, issues de 40 pays, participent au tribunal international des crimes contre les femmes au Palais des Congrès, à Bruxelles. Simone de Beauvoir avait envoyé un message d’ouverture. La féministe belge Nicole Van de Ven a documenté l’événement dans un livre, « Crimes against Women: Proceedings of the International Tribunal », dirigé par Diana Russell.

La sociologue a beaucoup écrit sur le viol conjugal, le fémicide, l’inceste, les meurtres misogynes et la pornographie, liste la nécrologie de Diana Russell publiée sur son site internet. Elle a également travaillé sur l’Afrique du Sud, son pays natal, et le régime ségrégationniste de l’apartheid, foncièrement engagée contre ce système raciste.

Diana Russell est née au Cap, en Afrique du Sud, en 1938. Quatrième des six enfants d’un père sud-africain et d’une mère britannique, elle est partie vivre au Royaume-Uni à l’âge de 19 ans. Elle y a étudié les sciences politiques à la prestigieuse London School of Economics. En 1963, elle entame un doctorat à Harvard et emménage à Boston, aux Etats-Unis. Après son doctorat, elle devient professeure en sociologie à l’université Mills College à Oakland, en Californie. Son cours a contribué au développement d’un programme de « Women Studies », l’un des premiers aux Etats-Unis. Ce champ d’études interdisciplinaire est lié au champ plus large des études de genre.

En 1976, elle théorise le mot « fémicide », défini comme « le meurtre de femmes par des hommes en raison de leur genre ». L’intention de la sociologue était de politiser ces meurtres et d’attirer l’attention sur la misogynie menant à tuer des femmes, ce que des mots neutres en termes de genre échouaient à faire, selon elle. Le terme a été largement repris par les mouvements féministes et est désormais passé dans le langage courant sous le nom de féminicide.

Après une vie d’activisme, elle s’était consacrée à l’écriture de ses mémoires, qui restent inachevées.

Elle a rendu son dernier souffle le 28 juillet à Oakland, à la suite d’une insuffisance respiratoire.