Des ONG craignent un durcissement de la répression contre les Kurdes en Iran

Des forces armées ont été envoyées samedi en renfort dans la ville à forte population kurde de Mahabad, a indiqué dimanche sur Twitter le groupe de défense des droits des Kurdes d’Iran, Hengaw. « Plusieurs coups de feu ont été entendus dans les quartiers résidentiels. » L’ONG basée en Norvège a diffusé sur les réseaux sociaux des images montrant, selon elle, un hélicoptère survoler Mahabad avec à bord des membres des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran. Toujours selon Hengaw, des commerçants ont observé une grève dimanche en signe de protestation contre la répression.

« Électricité coupée »

Les autorités ont « coupé l’électricité à Mahabad et des tirs à l’arme automatique sont entendus », a écrit samedi soir Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo, faisant état de « possibles manifestants tués ou blessés ». Il a partagé sur Twitter un clip audio présenté comme pris à Mahabad sur lequel des cris et le bruit des tirs peuvent être distingués. Selon Hengaw, plusieurs explosions ont été entendues dimanche à l’aube dans plusieurs villes de la province du Kurdistan (nord-ouest), dont Marivan, Boukan et Saghez. La situation est aussi « critique » à Divandarreh, où les forces de sécurité ont tué trois manifestants samedi, a ajouté l’ONG.

Ce renfort intervient dans un contexte de plus en plus périlleux pour le régime des mollahs, confronté depuis près de dix semaines à une contestation inédite consécutive à la mort de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini, le 16 septembre. Vendredi, la maison natale de l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamiste, a été incendiée dans la ville de Khomeyn. Un acte hautement symbolique.

« Punir »

Les Kurdes représentent l’une des principales minorités ethniques en Iran – environ 10 millions sur une population de 83 millions – et adhèrent majoritairement à l’islam sunnite et non au chiisme dominant dans la République islamique.

Au moins 378 personnes ont été tuées dans la répression des manifestations en Iran, selon un dernier bilan diffusé samedi par l’IHR : 255 ont péri lors des protestations liées à la mort de Mahsa Amini et 123 au Sistan-Baloutchistan, dont plus de 90 le 30 septembre dans la capitale provinciale Zahedan, lors de manifestations distinctes contre le viol d’une adolescente imputé à un policier. Parmi les victimes figurent 47 enfants, d’après l’IHR.

Alors que les autorités iraniennes continuent d’imputer la contestation à des « émeutiers », le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a promis samedi de « punir » les « auteurs de meurtres et de vandalisme ».

La justice a infligé la peine capitale à cinq manifestants. Et samedi, elle a convoqué huit personnalités du cinéma, de la politique et du sport, accusées d’avoir publié des contenus « provocateurs » en soutien à la contestation. (D’après AFP)