Des Iraniens décrivent la répression des manifestations comme un « cauchemar »
Le 10 janvier, à Téhéran, Kiarash a assisté à la violente répression du mouvement de contestation, où il a vu trois personnes tomber à terre. Selon l’organisation Iran Human Rights, il y a eu des « témoignages directs horrifiants » faisant état de « manifestants abattus alors qu’ils tentaient de fuir » et d’« exécution en pleine rue de manifestants blessés ».
Les témoignages sur la situation en Iran sont peu fréquents, mais ceux qui parviennent à être relayés sont révélateurs. « J’ai entendu pop pop […] et j’ai vu de mes propres yeux trois personnes tomber à terre », raconte Kiarash, un Iranien de 44 ans, joint par téléphone depuis l’Allemagne, où il réside.
Le 10 janvier à Téhéran, il a été témoin de la répression violente du mouvement de contestation dans son pays d’origine. À ses côtés, un homme criait, la main couverte de sang, ignorant que sa compagne avait été touchée. Une scène qu’il revoit chaque nuit : « C’est devenu mon cauchemar ». Si le tireur avait été gaucher, « je serais mort », confie le quadragénaire.
Il évoque également la souffrance des familles dans le vaste cimetière de Behesht-e Zahrah, au sud de la capitale. Des milliers de personnes y sont venues récupérer les corps de leurs proches et préparer les inhumations. Il déclare avoir vu « plus de 1.500, jusqu’à 2.000 corps dans un seul entrepôt », selon ses propres mots en tant qu’ancien employé d’une entreprise de logistique.
Des « témoignages directs horrifiants »
Dans un pays où Internet est inaccessible, les seuls témoignages provenant de ceux qui ont quitté l’Iran permettent d’éclairer la situation depuis le 8 janvier. Les communications téléphoniques internationales ont également été interrompues, avant d’être partiellement rétablies mardi, mais uniquement pour les appels sortants. Ce black-out a non seulement privé le monde d’images des manifestations, mais a aussi empêché les manifestants de s’organiser, permettant aux autorités de dissimuler l’ampleur de la répression, qui aurait causé des milliers de morts, selon les ONG et les experts.
L’organisation Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, rapporte avoir reçu « des témoignages directs horrifiants » mentionnant des « manifestants abattus alors qu’ils tentaient de fuir, l’utilisation d’armes de guerre et l’exécution en pleine rue de manifestants blessés ».
Des coups de feu « toutes les dix minutes »
En dépit de la coupure d’Internet, des vidéos ont été partagées sur les réseaux sociaux via des moyens satellitaires. Certaines montrent des voitures de police et des mosquées en flammes, tandis que d’autres laissent entendre des détonations. Des tirs au « fusil d’assaut » et des « rafales automatiques » ont été signalés par Kaveh*, un jeune homme de 33 ans qui a participé à la manifestation du 9 janvier à Téhéran et qui a depuis quitté le pays pour le Royaume-Uni. « Toutes les dix minutes, on entendait une série de coups de feu », déclare-t-il, bien qu’il n’ait pas été témoin direct de ces tirs. Pourtant, « les gens ne se dispersaient pas », ajoute-t-il.
Dans le pays, « tout le monde connaît au moins une personne qui a été tuée », affirme Saleh Alavizadeh, acteur et réalisateur iranien vivant actuellement en France. Après un pic de manifestations en fin de semaine dernière, aucune grande mobilisation n’a été rapportée ces derniers jours. Les autorités iraniennes ne proposent pas de bilan officiel à ce stade et dénoncent des « émeutes » orchestrées par Israël et les États-Unis.
Malgré la répression, certains Iraniens sont persuadés que d’autres manifestations ne manqueront pas d’éclater. Ce mouvement a « donné de l’espoir » à beaucoup, souligne Kaveh. Même si « nous avons de moins en moins d’espoir […] à chaque échec » de la contestation. Kiarash, en se dirigeant vers l’aéroport pour quitter Téhéran, se dit certain que pour la ville et ses habitants, « plus rien ne sera comme avant ».
*Le prénom a été modifié

