Des cours à l’université pour « ne pas oublier de faire un bébé » : est-ce vraiment aussi simple?

Selon l’Office for National Statistics, l’indice de fécondité diminue en Angleterre et au pays de Galles. En 2021, chaque femme avait en moyenne 1,53 enfant, contre 1,58 en 2020. Partant de ce constat et de sa propre expérience, Dorothy Byrne, la nouvelle présidente du College Murray Edwards, a voulu aider ses étudiantes à mieux comprendre leur fertilité.

« On enseigne aux femmes qu’elles doivent toutes réussir à l’école, obtenir un diplôme, réussir leur carrière, être belles. Mais au cours de ce chemin, on oublie parfois d’avoir un bébé, c’est ce que j’ai failli faire », détaille la directrice, qui a eu un enfant à 45 ans grâce à un traitement par fécondation in vitro. « Je ne pensais qu’à ma carrière, je pensais qu’un jour j’aurais un bébé mais je n’y accordais pas assez d’attention. »

Une injonction à avoir un enfant?

détaille la présidente du College. « Il est aujourd’hui presque interdit d’interroger les femmes sur leurs projets d’enfants. Nous sommes allées trop loin dans un sens. Je me suis d’ailleurs rendu compte que les femmes étaient très informées des méthodes pour ne pas tomber enceinte, mais celles qui voulaient un enfant étaient moins conscientes de leur propre fertilité ».

Les enjeux liés à la fertilité

Ce que ce séminaire veut, ce n’est donc pas convaincre toutes les femmes de devenir mères – car certaines n’en auront jamais envie – mais plutôt expliquer aux femmes qui veulent l’être que la fertilité diminue avec l’âge. Cela, toutes les études le prouvent et toutes les femmes en sont conscientes. Cependant, selon Dorothy Byrne, elles ne sauraient parfois pas à quel point leur fertilité décline vite. « Lorsque j’ai commencé à étudier ma fertilité, à 42 ans, j’ai été surprise de découvrir que si j’avais entrepris le voyage deux ou trois ans plus tôt, j’aurais eu environ le double de chances de tomber enceinte », explique-t-elle.

Selon le professeur Adam Balen, spécialisé dans la fertilité et la reproduction, « beaucoup de femmes pensent à tort qu’elles restent pleinement fertiles jusqu’au milieu de la quarantaine en raison de la multiplication des stars qui accouchent à cet âge. Mais ces stars tombent peut-être enceintes grâce à des dons d’ovocytes, sans le dire publiquement ».

à partir de 35 ans. Mais il semblerait en fait que ce ne soit réellement le cas qu’un peu plus tard. Selon une autre étude de 2004, menée sur 780 femmes, 86% des femmes de 27 à 34 ans qui tentaient de procréer ont réussi, et 82% chez les femmes de 35-39 ans. Il n’empêche que, bien évidemment, les femmes ne peuvent pas avoir un enfant à n’importe quel moment de leur vie. Il y a un âge (redouté pour certaines) où elles n’en seront plus capables.

Des cours à l'université pour "ne pas oublier de faire un bébé" : est-ce vraiment aussi simple?
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Et si le débat était ailleurs?

L’annonce de ce séminaire a suscité pas mal de réactions de femmes convaincues que le débat est ailleurs. Selon la chroniqueuse du Guardian Rhiannon Lucy Cosslett, « nous pourrions avoir des discussions beaucoup plus fructueuses sur les raisons pour lesquelles de nombreux jeunes se sentent incapables d’avoir des enfants. Au lieu de cela, le mythe selon lequel les femmes ont besoin de se souvenir de leur fertilité continue de se perpétuer ». « Il est impensable de penser que les femmes oublient d’avoir un bébé, étant donné qu’on leur rappelle littéralement tout le temps, qu’elles soient en couple ou non, qu’elles aient envie d’un enfant ou non », déplore Hannah Fearn, chroniqueuse sur iNews.

Les deux femmes partagent le même avis : plutôt que de faire peser le poids de la fertilité sur les femmes, il faudrait davantage mêler les hommes à la discussion. « Certains hommes semblent penser que les femmes peuvent continuer à concevoir jusqu’à la quarantaine. Et les hommes? Où sont leurs séminaires? », se demande Rhiannon Lucy Cosslett. Sa consoeur ne dit pas autre chose. « Pour de nombreuses femmes, le problème n’est pas de décider si elles veulent avoir des enfants, mais de trouver un homme qui accepte d’assumer les implications d’une vie de famille. Trop d’hommes naviguent dans la vie en abandonnant leurs relations solides lorsque la pression pour faire un enfant commence à s’accumuler. Ils savent qu’ils ont au moins une décennie de plus pour procréer et donc retardent cette décision irrévocable ». Il est vrai que la fertilité des hommes commence à se dégrader plus tard que celle des femmes (vers 50 ans). Toutefois, les hommes ne sont pas exempts de tout problème de fertilité. De plus en plus de scientifiques s’inquiètent de la baisse de qualité du sperme. Sans compter que des spermatozoïdes vieillissants peuvent être responsables de problèmes génétiques chez l’enfant.

L’impact de la société

Enfin, les deux chroniqueuses tiennent à mettre en avant un autre point qui pousse les femmes qui veulent un enfant à mettre sur pause leur désir de grossesse : la société. « Si seulement les gens nous écoutaient, ils entendraient que la question de savoir s’il faut ou non se reproduire est un bourdonnement incessant dans la vie des femmes. La vraie conversation qu’il faut avoir est : comment remédier à la société inhospitalière dans laquelle évoluent les jeunes parents. » Selon Rhiannon, les obstacles à la parentalité sont nombreux : les prix élevés de l’immobilier, les coûts exorbitants de la garde d’enfants… « Et cette question-là continue de nous échapper », poursuit-elle.

Pour sa consoeur, c’est le même constat, dans le monde du travail. Certaines femmes ont tout simplement peur de tomber enceintes, au risque de ruiner leur carrière. « Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités et offrir des droits de maternité complets dès le premier jour de l’emploi. Elles doivent aussi trouver de meilleurs moyens d’aider à financer le coût exorbitant de la garde des enfants. (…) Combien de carrières de femmes ont été détruites juste parce qu’elles voulaient avoir des enfants? », se demande-t-elle.

Dorothy Byrne est, elle aussi, d’accord avec ce fait, regrettant dans le Daily Mail que la structure même des promotions – souvent accordées après la trentaine – retarde le désir des femmes de tomber enceintes. « Des jeunes femmes m’ont confié en toute confidentialité qu’elles n’osaient pas dire à leurs supérieurs hiérarchiques qu’elles envisageaient même d’avoir un bébé parce qu’elles craignaient de ne pas être promues. C’est scandaleux. En fin de compte, la société doit changer. Les employeurs doivent avoir moins de préjugés envers ceux qui quittent le lieu de travail pendant un certain temps pour avoir des enfants et envers ceux qui souhaitent revenir à temps partiel ou travailler de manière flexible. »