Dernier adieu à Desmond Tutu lors d’une cérémonie épurée

Sous un ciel gris et une fine bruine, la famille et les amis de Tutu, mais aussi la veuve du dernier président blanc du pays FW de Klerk et de nombreux prêtres sont arrivés au compte-gouttes dans l’église.

Le président Cyril Ramaphosa devait prononcer l’éloge funèbre, après la communion. Il devait remettre à la veuve de Tutu, « Mama Leah » comme l’appellent tendrement les Sud-Africains, un drapeau national, seul hommage militaire autorisé ici.

Car « The Arch » voulait une cérémonie simple, épurée.

Le cercueil dans lequel il a reposé les deux jours précédents dans la cathédrale Saint-Georges, pour que des milliers de personnes viennent honorer la mémoire de ses combats et de ses enthousiasmes, est en pin clair. Il avait demandé « le moins cher possible », dans un pays où les obsèques sont souvent l’occasion de montrer qu’on a dépensé sans compter pour le défunt.

Ici pas de poignées en or, de simples bouts de corde pour pouvoir le transporter, évoquant la ceinture sobre des frères franciscains. Dessus, un bouquet d’oeillets blancs. Mgr Tutu ne voulait pas d’autre fleur dans l’église.

Un ami proche et de longue date de Mgr Tutu, l’ancien évêque Michael Nuttall, a été choisi par le défunt pour faire le sermon. Quand Tutu était archevêque, Nuttall était son « numéro deux ».

Leur lien, dans les dernières années de l’apartheid, « un dirigeant noir dynamique et son adjoint blanc » était particulièrement marquant. Comme « un avant-goût de ce que pourrait être notre pays divisé », dit-il.

Intouchable

L’ancienne présidente d’Irlande Mary Robinson devait participer à la lecture de la prière universelle, en présence du Letsie III, le roi du Lesotho voisin, ou encore d’un représentant du dalaï lama avec qui Tutu a échangé des fous rires mémorables.

« Leur amitié était singulière », a déclaré à l’AFP Ngodup Dorjee. « Dès qu’ils se rencontraient, ils riaient. La seule explication à cela est une connexion karmique dans le passé », a-t-il ajouté très sérieusement.

La semaine a été émaillée par des hommages à Mgr Tutu dans tout le pays et au-delà. Les Sud-Africains se sont souvenus de sa ténacité et de sa grâce face au régime oppresseur de Pretoria.

A Soweto, où il a prêché longtemps, il dénonce la violence contre les lycéens lors des émeutes de juin 1976, réprimées dans le sang. Peu à peu, il devient la voix de Nelson Mandela, enfermé sur Robben Island. La police et l’armée le menacent. Seule sa robe lui évite alors la prison.

« On se levait le matin et si on voyait les camions militaires, alors on savait qu’il célèbrerait la messe », a raconté à l’AFP Mathabo Dlwathi, 47 ans. « Ils voulaient sa mort, mais pour une raison qu’on ne s’explique pas, ce n’est jamais arrivé. Il entrait dans l’église, disait la messe et repartait ».

Dans les manifestations, « il nous servait de bouclier », s’est souvenu Panyaza Lesufi, aujourd’hui cadre de l’ANC, parti historique toujours au pouvoir.

La veuve de Mandela, Graça Machel, a évoqué le « courage indescriptible » qu’il fallait alors pour s’opposer au régime. « Il se tenait résolu et sans peur, à l’avant des manifestations, sa robe cléricale flottant au vent, sa croix comme bouclier », a-t-elle décrit.

Pour ses obsèques, le berger Tutu a choisi, dans son dernier message aux hommes, le passage de l’Évangile selon St-Jean où Jésus s’adresse à ses disciples après leur dernier repas. Un message d’amour. « Mon commandement, le voici: Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».