« Depuis les 20 ans que Poutine contrôle le pays, il y a une dégradation dans beaucoup de domaines » : dénonce un ex-soldat russe exilé

Il a d’abord combattu avec la Russie en Ukraine, dès le début de la guerre en février. Pavel Filatiev s’est ensuite réfugié en France fin août. « J’aime la Russie, mais Poutine n’est pas la Russie », s’est-il exclamé lorsqu’il est arrivé à l’aéroport de Roissy, en déchirant ses papiers. Un geste fort, qu’il a filmé.

Dans un livre à paraître, Zov : L’homme qui a dit non à la guerre, cet ex-soldat russe raconte son histoire et revient notamment sur les dysfonctionnements de l’armée de Russie, qui l’ont poussé à fuir son pays.

Pavel Filatiev était soldat dans le 56e régiment d’assaut aéroporté de l’armée russe. Cet ancien éleveur de chevaux s’était engagé quelques années avant la guerre en Ukraine et a été mobilisé sur le front dès le premier jour de l’invasion russe, le 24 février, sans savoir ce qu’il l’attendais. « Tout le monde essayait de deviner ce qu’il allait se passer […] Moi tout comme beaucoup de politiques dans beaucoup de pays, je ne me m’attendais pas à ça« , se souvient-il.

Capture d'écran : Pavel Filatiev témoigne sur le plateau de BFMTV
Capture d’écran : Pavel Filatiev témoigne sur le plateau de BFMTV ©D.R

Blessé à l’œil durant les combats, il a voulu quitter l’armée mais sa démission a été refusée. Il a donc décidé de fuir. Sur le plateau de BFMTV, Pavel Filatev est venu présenter son ouvrage, dans lequel il fait part de sa colère. Le trentenaire se dit très fâché d’avoir dû quitter son pays : « le régime actuel ne me laisse pas défendre mes droits ».

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Arrivé en France après un périple digne « d’un film de James Bond », selon les mots de l’organisation qui a aidé à son évasion, c’est là qu’il a compris que les autorités russes pratiquaient la propagande. « J’ai traversé beaucoup de pays, mais lorsque je me suis trouvé en Afrique, j’ai décidé d’aller en France. Je recevais beaucoup de menaces, on m’accusait d’espionnage, de terrorisme… », raconte-t-il. « Ce que raconte mon gouvernement me fait rire depuis bien longtemps. Ils ne parlent que de l’OTAN et des minorités sexuelles »

Une fois en sécurité, il a tenu à raconter ce qu’il a vu pour « peut-être faire ouvrir les yeux » à ses compatriotes russes. Son ouvrage est d’ailleurs téléchargeable gratuitement en russe. « Depuis les 20 ans que notre ‘grand commandant’ Vladimir Poutine contrôle le pays, il y a une dégradation dans beaucoup de domaines, que ce soit la police, l’armée, la justice, la médecine ou l’éducation », dénonce-t-il.

Quel avenir pour le conflit ?

Alors que des salles de tortures ont été découvertes après la libération de Kherson par l’armée ukrainienne, Pavel Filatiev assure n’avoir jamais été témoin de tortures. « Je jure que je n’ai jamais été personnellement témoin d’exaction et personne de mon unité n’a commis d’exaction vis-à-vis des civils ou des prisonniers soldats ou des civils, mais la guerre est faite de la sorte qu’il y aura toujours des pertes parmi les civils ».

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L’ex-soldat estime aussi qu’il ne pourra pas y avoir de vainqueur dans cette guerre sans recours à l’arme nucléaire ou sans l’aide des alliés. Que ce soit la Russie ou l’Ukraine, elles ne pourront détruire l’armée adverse seule. Il juge néanmoins tout à fait possible que l’armée ukrainienne parvienne à récupérer les territoires qu’elle a perdus.