Comment la quête de grandeur de Boris Johnson vire à l’humiliation

Après six semaines seulement à Downing Street, le Premier ministre conservateur britannique Boris Johnson, volontiers fanfaron, voit son optimisme mis à rude épreuve par un Parlement bien décidé à contrecarrer sa promesse de réaliser le Brexit à tout prix le 31 octobre.

En première ligne pendant la campagne pour le référendum de juin 2016 qui a vu 52% des Britanniques opter pour une sortie de l’Union européenne, l’ancien chef de la diplomatie britannique se retrouve confronté au casse-tête de sa mise en oeuvre.

Depuis mardi, « BoJo » essuie camouflet sur camouflet à la Chambre des communes. Après la perte de sa majorité absolue, doublée d’une rébellion sans précédent au sein des rangs conservateurs, il a été désavoué mercredi par une majorité de députés en faveur d’un report du Brexit afin d’empêcher un Brexit sans accord.

Si ses partisans louent son allant et sa « personnalité unique », ses détracteurs l’accusent d’esbroufe, d’opportunisme, et le compare au président américain Donald Trump.

Ce dernier a d’ailleurs fait savoir mercredi qu’il n’était pas inquiet pour son « ami » britannique car « il sait comment gagner ».

De fait, critiques et controverses n’ont jamais empêché ce Britannique trapu de 55 ans et sa tignasse blonde d’avancer.

Car Alexander Boris de Pfeffel Johnson rêve depuis tout petit d’être « roi du monde », selon les confidences de sa sœur Rachel à son biographe, Andrew Gimson.

Au fil d’une éducation élitiste, cet aîné d’une fratrie de quatre, né à New York (Etats-Unis) en 1964, n’a eu de cesse d’affirmer ses rêves de grandeur, du prestigieux Eton College jusqu’à Oxford, où il décroche le glorieux poste de président d’un club de débat.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour avoir inventé une citation.

Le Daily Telegraph le repêche et l’envoie à Bruxelles, où il officiera de 1989 à 1994. Déjà, à coup d’exagérations et parfois d’entourloupes, Boris Johnson bouscule la couverture des institutions européennes et devient « le journaliste favori » de la Dame de fer Margaret Thatcher.

L’anti-diplomate 

C’est également à Bruxelles que son premier mariage, avec Allegra Mostyn-Owen, se délite et qu’il renoue avec une amie d’enfance, Marina Wheeler, avec qui il aura quatre enfants.

Le couple se sépare en 2018 et Boris Johnson fréquente depuis Carrie Symonds, une spécialiste en communication de 24 ans sa benjamine, à qui il doit un look plus moderne et quelques kilos en moins.

Elu député en 2001, Boris Johnson ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 et acquiert alors une stature internationale.

Avec quelques réussites emblématiques, comme l’organisation des Jeux olympiques. Mais aussi des échecs, à l’instar de son projet de pont-jardin sur la Tamise, qui aura coûté des dizaines de millions de livres sans jamais voir le jour.

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment. « Je ne pense pas qu’il ait une opinion extrêmement sophistiquée sur le Brexit », confie à l’AFP Pascal Lamy, l’ancien patron de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui connaît la famille Johnson. « La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c’est Boris Johnson. »

Dans la campagne, ce gouailleur joue un rôle décisif en promettant un Royaume-Uni radieux, préservé d’une vague de millions d’immigrés prêts, selon lui, à submerger les côtes britanniques.

Le Brexit voté, Downing Street semble lui tendre les bras, mais Boris Johnson, trahi par son meilleur allié Michael Gove qui se met sur les rangs avant lui, renonce. Il récolte les Affaires étrangères, Theresa May alors Première ministre cherchant à donner des gages aux eurosceptiques.

Pourtant, le costume de diplomate semble bien mal taillé pour le tempérament imprévisible de cet homme qui, en 2007, avait comparé la politicienne américaine Hillary Clinton à une « infirmière sadique ».

Ou qui en 2002, écrivant dans le Telegraph, parlait de « négrillons » pour évoquer certains habitants de pays du Commonwealth.

En poste, il fait hausser plus d’un sourcil en déclarant que la Libye pourrait devenir attrayante pour les touristes si elle parvenait à « se débarrasser des cadavres ».

A la Chambre des Communes, dans le costume de Premier ministre, il a aussi commis quelques gaffes en lâchant un « shit » (merde) pour qualifier le programme économique des travaillistes, ou en appelant son chef Jeremy Corbyn par son nom, et non par l’expression « Mon Honorable Collègue » comme le veut l’usage parlementaire.