« Combien de temps allons-nous pouvoir résister? »: la Moldavie solidaire des réfugiés ukrainiens, au risque de craquer

Ancienne république soviétique de 2,6 millions d’habitants, ce petit pays niché entre la Roumanie et l’Ukraine a reçu sur son sol plus de 350.000 personnes sur les 4 millions chassées par l’invasion russe.

Environ 93.000 s’y trouvent toujours, un afflux conséquent pour une terre parmi les plus pauvres et dépeuplées d’Europe.

"Combien de temps allons-nous pouvoir résister?": la Moldavie solidaire des réfugiés ukrainiens, au risque de craquer©AFP

Sur le terrain, chacun y met du sien, sans attendre l’aide du gouvernement, qui espère un allègement de ce fardeau lors d’une conférence des donateurs prévue le 5 avril à Berlin. Depuis un mois, l’auberge Asteria, qui accueille en temps normal noces, fiançailles et autres baptêmes, a troqué les plats gourmets pour des repas traditionnels destinés aux réfugiés. Aidée par une poignée de volontaires, sa propriétaire Diana Dumitras a jusqu’ici cuisiné plus de 4.000 repas chauds, distribués dans des centres d’accueil de Chisinau. « Il nous reste des produits alimentaires pour une semaine encore, après je ne sais pas si on pourra continuer », se désole-t-elle, en versant du ragoût à l’odeur alléchante dans des centaines de boîtes repas.

« Et si c’était nous? »

A Sipoteni (centre) non plus, les habitants ne se sont pas fait prier pour épauler les réfugiés: caisses remplies de pommes, pots de marmelade et autres conserves, vêtements et produits d’hygiène, la salle de réunion de la mairie a été transformée en dépôt improvisé.

L’élu Vasile Rata s’en sort pour l’instant grâce à un apport du Pnud de 2.000 dollars. « Ce n’est pas énorme mais cela nous permet de payer pour le transport des réfugiés et peut-être rembourser une partie des factures de gaz des habitants », précise-t-il. Son frère, qui a émigré en Europe de l’ouest, a mis sa maison à disposition de deux familles ukrainiennes.

Les yeux rivés sur une chaîne de télévision de son pays, Youlia, 41 ans, qui a refusé de donner son nom de famille, et ses parents expliquent avoir refusé d’aller en Allemagne, comme plusieurs de leurs proches, pour rester le plus près possible de l’Ukraine.

Larisa Ciobanu, 56 ans, essuie ses larmes en se mettant à la place de la dizaine d’Ukrainiens qu’elle a accueillis depuis le 25 février dans sa maison de Sireti. « Notre mission est d’aider. Que Dieu nous protège pour qu’on ne se retrouve pas à notre tour dans cette situation », lâche-t-elle, exprimant une inquiétude palpable parmi ses compatriotes, alors que la Moldavie craint d’être la prochaine cible de Vladimir Poutine.