Collision mortelle de Millas: « En deux minutes, j’ai perdu mon enfance »

Six collégiens qui rentraient chez eux à bord de ce car ont trouvé la mort le 14 décembre 2017 et 17 ont été blessés dont huit très grièvement. La conductrice, Nadine Oliveira, 53 ans, est jugée depuis lundi pour homicides et blessures involontaires à Marseille, dont le tribunal dispose d’un pôle spécialisé sur les accidents collectifs.

« J’en veux et j’en voudrai toute ma vie à Nadine Oliveira parce que pour moi, c’est de sa faute », affirme à la barre une jeune femme pétillante de 17 ans, cheveux châtain relevés en chignon, dont la robe colorée laisse apparaître une prothèse à la jambe droite.

« Tout ce qu’elle voit, je le voyais moi aussi », souligne l’adolescente, qui était assise au premier rang du bus, à droite de la conductrice.

Quand « on arrive au carrefour, la conductrice (…) reçoit un message. Moi, pendant ce temps-là, j’ai vu les signaux lumineux (du passage à niveau), les barrières s’abaisser », poursuit la jeune femme, un chien golden retriever, destiné à lui permettre de libérer sa parole, assis à ses côtés.

« J’ai ressenti le choc quand elle a tapé les barrières, on est tous partis en arrière. On a entendu le bruit de la barrière se tordre », complète celle qui est considérée comme une témoin clé dans l’enquête.

Quand elle se réveille sur les rails, elle voit sa jambe « dans un état lamentable ». Elle a aussi le bassin fracturé.

Lorsque la présidente du tribunal souligne que cet accident « a été très difficile »: « Et ça l’est encore, ça va le rester toujours », ajoute l’adolescente, qui a subi de multiples opérations à la jambe, nécessitant une lourde rééducation, et souffre toujours de « douleurs fantômes ».

« J’avais 13 ans à ce moment-là et je suis devenue adulte en deux minutes. En deux minutes, j’ai perdu mon enfance, mon adolescence, mes amis », conclut-elle.

Collision mortelle de Millas: "En deux minutes, j'ai perdu mon enfance"
©AFP

« La peur de mourir »

Un autre adolescent de 17 ans, blessé notamment au bras droit, n’arrive pas à oublier le bruit de klaxon du train et souffre de migraines quasi quotidiennes. « Pendant presque deux ans, je ne voulais plus parler » de l’accident, indique-t-il. Au moment du choc, il faisait un tour de magie à une camarade.

Ce sont les témoignages des deux passagers de l’utilitaire stationné de l’autre côté du passage à niveau, qu’il a suivis lundi depuis une salle spéciale où est retransmis le procès à Perpignan, qui l’ont incité à venir témoigner à Marseille.

« En les voyant, j’ai eu des flash-back », dit-il, même s’il ne peut « rien affirmer » concernant la position des barrières du passage à niveau, une question cruciale pour déterminer la culpabilité de la conductrice. Laquelle a toujours nié que les barrières étaient fermées.

Une autre victime, venue lire son témoignage, a « le souvenir des barrières levées ». Puis « je vois le train nous foncer dessus, j’ai ressenti pour la première fois la peur de mourir ». Ensuite, c’est « un trou noir total », raconte la jeune femme âgée de 18 ans.

Mais aujourd’hui, après avoir lu les expertises, « je me remets en question sur tout, sur les barrières, sur ma place dans le bus », relève-t-elle, précisant s’être souvenue de la scène de l’accident sous la forme d’un rêve. « Ce changement de version, ça me chamboule », poursuit-elle.

Les expertises techniques menées durant l’instruction concluent que la conductrice, qui avait l’habitude de ce trajet mais n’avait jamais été confrontée au passage d’un train, a forcé « la demi-barrière fermée dudit passage à niveau alors qu’un train express régional arrivait ».

Durant les témoignages, la conductrice est restée tête tournée sur le côté et regard baissé, pleurant et caressant ponctuellement un labrador noir.

Long voile vert couvrant sa chevelure, une autre adolescente de 15 ans se laisse gagner par l’émotion au moment d’évoquer un camarade assis devant elle dans le bus, décédé dans l’accident. Elle a eu la jambe cassée lors du choc et verra sa croissance à jamais contrariée.

« On voit que les personnes qui étaient dans le bus ne sont plus là et moi je suis là », souffle-t-elle.