Coincés en Inde, des Australiens se sentent abandonnés par leur gouvernement : « C’est effrayant »

A 49 ans, il fait partie des 9.000 Australiens coincés en Inde, où la pandémie de Covid-19 a atteint un niveau de gravité sans précédent.

M. Joura a pourtant essayé en vain de rentrer à bord de vols commerciaux ou de rapatriement.

A chaque fois, ses places ont été annulées, notamment la veille de la décision de l’Australie de suspendre ses vols en provenance d’Inde jusqu’au 15 mai.

« Dans la rue où je vis, 60 à 70% des foyers sont contaminés par le coronavirus. Dans certains cas, des familles entières sont infectées », a expliqué à l’AFP M. Jourha qui est confiné avec sa mère de 72 ans à New Delhi.

Même si de nombreux pays ont imposé des restrictions sur les vols en provenance d’Inde, leurs ressortissants sont toujours à autorisés à rentrer chez eux.

Cette semaine, Canberra a interdit l’entrée sur son territoire à tous les voyageurs en provenance de ce pays d’Asie du Sud jusqu’au 15 mai sous peine de fortes amendes et même d’emprisonnement pour toutes les personnes qui s’y risqueraient.

Finalement, vendredi, le Premier ministre Scott Morrison a renoncé à cette décision, qui avait suscité un véritable tollé en Australie.

Il a annoncé que trois vols sont programmés après le 15 mai afin de rapatrier les Australiens les plus vulnérables. Aucune décision n’a cependant été annoncé concernant une éventuelle reprise des vols commerciaux.

Mais la pandémie continuant de faire des ravages en Inde, tout Australien devrait être considéré comme étant une personne vulnérable, souligne M. Joura.

Confiance brisée 

« C’est effrayant. Chaque jour, on a peur d’attraper le (Covid-19) », témoigne le quadragénaire.

Et dans ce cas-là, c’est la panique car les hôpitaux manquent de lits et « même s’il y a des places, il n’y a parfois pas d’oxygène ».

La sévérité de la mesure annoncée a suscité un tollé en Australie, notamment auprès des alliés du Premier ministre et de célèbres joueurs de cricket qui participaient à la Première ligue indienne.

Peter Dunoon, un Australien, a bataillé 13 mois pour obtenir une place sur un vol de rapatriement mais, une fois le précieux sésame entre les mains, il n’a pas pu monter dans l’avion.

Mi-avril, cet enseignant de 66 ans, qui vit dans un magasin d’épices d’un village de l’État du Karnataka après l’épuisement de ses réserves, s’est rendu à l’aéroport de la ville de Chennai (l’ancienne Madras), dans le sud de l’Inde, mais il n’a pas pu s’envoler, faute d’autorisation de sortie.

Dix-sept passagers séjournant dans le même hôtel que lui ont été testés positifs et quand l’enseignant est retourné dans le village, il était porteur du virus.

« Il y a plus de 9.000 Australiens ici, alors combien de vols ont-ils prévu? », s’interroge-t-il.

« Le gouvernement a mis longtemps à prendre conscience que des personnes étaient coincées à l’étranger », tonne M. Dunoon.

Rebecca Brown, enseignante dans une école de la banlieue d’Hyderabad, préfère rester méfiante.

« Maintenant qu’ils sont allés jusqu’à nous menacer d’une peine de prison et d’une amende – je pense que cela a brisé toute la confiance qu’on pouvait avoir en eux », estime-t-elle, soulignant que « tous les autres pays ont réussi à rapatrier les citoyens qui le souhaitaient ».