Cheng Lei, la journaliste australienne qui risque la perpétuité pour « divulgation de secrets d’État à l’étranger »

Elle risque la perpétuité. Cheng Lei, une journaliste australienne, a comparu jeudi devant le tribunal intermédiaire populaire de Pékin pour « divulgation de secrets d’État à l’étranger », un sort inattendu pour cette ex-présentatrice de la télévision chinoise.

Après dix-huit mois de détention, dont les sept premiers au secret, le sort de cette mère de deux enfants se conjugue avec l’évolution des relations entre Pékin et Canberra, tombées au plus bas ces dernières années.

À la porte du tribunal, l’ambassadeur d’Australie, Graham Fletcher, a dénoncé devant les journalistes un procès « tenu en secret » : « On nous a refusé l’accès à l’audience. »

Il a indiqué n’avoir aucune information sur les charges qui pèsent contre Mme Cheng :

« Rien ne nous permet de comprendre pourquoi elle est en détention. »

Née en Chine en 1975, Cheng Lei a émigré en Australie dans son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d’être embauchée par la télévision publique chinoise en 2012. Elle en était devenue un visage connu. Son franc-parler a pu jouer contre elle, dans un pays où le Parti communiste au pouvoir ne tolère pas la contestation. « Le point fort de l’éducation à l’australienne […], c’est qu’elle ne se contente pas de vous apprendre à obéir aux ordres », déclarait-elle sur sa chaîne, où elle officiait en anglais. Ses émissions ont, depuis son arrestation, disparu du site de la chaîne CGTN, qui retransmet à l’étranger le point de vue de Pékin.

La détention de la journaliste avait marqué une nouvelle étape de la détérioration des relations entre la Chine et l’Australie, vue par Pékin comme un pion des États-Unis dans la région Asie-Pacifique.

L’arrestation de Cheng Lei avait provoqué le départ précipité et rocambolesque de Chine de deux journalistes australiens qui craignaient d’être arrêtés à leur tour. Ils s’étaient réfugiés dans des locaux diplomatiques, avant de quitter la Chine accompagnés de diplomates.

Quelques mois plus tard, une employée chinoise de l’agence financière Bloomberg, Haze Fan, avait à son tour été placée en détention, soupçonnée de « menace à la sécurité ». Son employeur n’a plus d’information sur son sort depuis.