Charles Michel fait ses adieux à l’ONU et annonce trois grands défis

Dans son dernier discours, le Premier ministre a souligné la volonté de notre pays de relever les grands défis.Philippe Paquet Envoyé spécial à New York

Charles Michel ne pouvait pas prononcer son dernier discours en qualité de Premier ministre belge devant l’Assemblée générale des Nations unies, jeudi, à New York, sans citer Jacques Chirac. « Dans un monde qui change, il n’y a pas de plus grand risque que de rester immobile« , estimait l’ancien président français, décédé le même jour. Or, a enchaîné M. Michel, « le multilatéralisme, c’est le mouvement et le dialogue permanent« .

Le ton était donné pour une intervention conçue comme une réfutation des arguments avancés, deux jours plus tôt, à cette même tribune, par Donald Trump. Quand celui-ci assure que « l’avenir n’appartient pas aux mondialistes, il appartient aux patriotes« , Charles Michel répond que, « être patriote, c’est aimer les siens et vouloir pour eux le meilleur« . « Il ne s’agit pas de diviser, d’opposer, de régresser. Il s’agit, au contraire, de connecter, de rassembler, d’amplifier, de se déployer. Avec un liant plus puissant que tout : les valeurs universelles et l’état de droit« , explique le Premier ministre.

Trois défis globaux

Charles Michel épingle « trois défis globaux » qui, à défaut d’être nécessairement originaux, résument l’urgence du moment : le changement climatique, le développement durable, la paix et la sécurité. Tout en constatant que les efforts déployés en faveur du climat ne sont pas suffisants, le chef du gouvernement s’est voulu optimiste. « Nous pouvons et nous allons réussir« , a-t-il insisté, en notant par exemple que « la transition vers la neutralité carbone peut offrir des opportunités pour le développement et l’amélioration de notre cadre de vie« .

Même optimisme de la part du futur président du Conseil européen à propos des objectifs de développement durable quand il observe les progrès enregistrés dans l’accès à l’éducation ou à l’eau potable, comme dans la lutte contre l’extrême pauvreté et la mortalité infantile, tombées à leur niveau historiquement le plus bas. M. Michel n’en juge pas moins « gigantesque » le chemin qui reste à parcourir d’ici à l’échéance de 2030. Pour y parvenir, estime-t-il, « le libre-échange, avec les règles de réciprocité et des standards sociaux et environnementaux ambitieux, doit être encouragé« .

Soutien à l’accord nucléaire iranien

Le bilan en matière de paix et sécurité dans le monde est probablement moins encourageant. Charles Michel a rappelé que la Belgique, qui siège depuis janvier au Conseil de sécurité, voulait donner « la priorité absolue à la protection des civils, notamment les femmes et les enfants, trop souvent victimes de la folie des hommes« . Il a dénoncé le danger d’une escalade dans le Golfe et réitéré le soutien belge à l’accord nucléaire iranien. Il a déploré aussi le veto mis à une résolution humanitaire que notre pays avait soumise au Conseil de sécurité pour venir en aide aux millions de personnes qui vivent dans la région syrienne d’Idlib.

Le chef du gouvernement belge se devait d’évoquer la situation au Congo, où « nous restons mobilisés au côté des populations« , a-t-il dit. « Les premiers gestes d’ouverture de l’espace politique, par exemple la libération de prisonniers, sont encourageants« , juge M. Michel, mais les défis n’en demeurent pas moins immenses.

« Un monde plus stable, plus prévisible et plus juste, c’est le rêve qu’il nous appartient de réaliser« , a conclu le Premier ministre, ajoutant, dans une nouvelle référence à Donald Trump qui revendiquait, mardi, le droit pour tous les pays de défendre leurs frontières : « Et ce rêve universel, aucune frontière ne peut l’arrêter. » En appelant de ses vœux ce monde idéal, Charles Michel a même réussi à faire un peu de publicité pour le livre de son vice-Premier ministre en charge de la coopération au développement, Alexander De Croo, Le Siècle de la femme.