« C’est une folie », « Personne n’est dupe »: en France, des voix s’élèvent contre le déplacement d’Emmanuel Macron à Kiev

Dimanche, les Français retourneront aux urnes pour le second tour des élections législatives. Il ne reste donc plus beaucoup de temps pour tous les candidats qui ont été retenus lors du premier tour de convaincre les électeurs.

La campagne bat donc son plein et entre les camps Ensemble! (coalition Macron) et Nupes (coalition des gauches emmenée par Mélenchon), la tension est à son comble. Il faut dire que les deux groupes politiques sont arrivés au coude à coude lors du dépouillement des bulletins de vote du premier tour, avec un léger avantage pour le camp de la macronie.

Pendant ce temps-là, Emmanuel Macron s’est rendu ce jeudi à Kiev, en compagnie du chancelier allemand Olaf Scholz et du chef du gouvernement italien Mario Draghi. Un voyage symbolique durant lequel le président français doit réaffirmer le soutien de l’Europe à l’Ukraine dans le cadre de la guerre contre la Russie.

Mais en France, en pleine période électorale, ce voyage fait du bruit. Dans les rangs de l’opposition, on ne mâche pas ses mots pour dénoncer le déplacement du président.

Interrogé ce jeudi matin en radio sur RTL France, Jean-François Copé, maire LR de Meaux et ancien ministre du gouvernement Chirac, a taclé Emmanuel Macron: « La maison brûle et Emmanuel Macron regarde ailleurs. L’imaginer ce matin dans un train vers l’Ukraine, comme s’il ne pouvait pas attendre la semaine prochaine, alors que l’extrême gauche est quand même hyper menaçante et a vocation à déstabiliser notre pays », déclare-t-il. Avant d’ajouter: « Ce n’est pas qu’il a tort ou raison, c’est surtout que c’est d’une légèreté incroyable. Qu’est-ce que c’est que cette stratégie d’évitement alors qu’aujourd’hui son sujet numéro un c’est de savoir s’il a une majorité pour gouverner le pays. C’est une folie une telle légèreté ».

Le député de La France insoumise Alexis Corbière y est lui aussi allé de son petit commentaire sur le voyage de Macron. « Je ne voudrais pas que le martyr du peuple ukrainien serve à Emmanuel Macron pour des opérations de politique intérieure française ». « Personne n’est dupe », ajoute-il, avant de s’expliquer: « À quelques jours d’un scrutin, ça permet à Emmanuel Macron de se remettre en scène ».

Marine Le Pen, sur France Inter, a elle aussi commenté le déplacement du président. Si elle a reconnu que ça ne la « choquait pas », la présidente du RN a tout de même glissé que « ce qui est peut être contestable, c’est le fait de choisir d’y aller à trois jours des élections législatives. » Pour Marine Le Pen, ce choix de Macron de se rendre en Ukraine – qui a été décidé au dernier moment – « aurait pu se faire il y a dix jours ». Elle y voit donc une « arrière-pensée électoraliste », tout du moins une « suspicion ».

Sur Europe 1, le président de LR Christian Jacob a épinglé une « mise en scène caricaturale ». « Jacques Chirac ne l’aurait jamais fait, il n’aurait jamais été dans cette caricature », a-t-il déclaré, ajoutant que « la diplomatie ne se fait pas devant les écrans (sic) de télé, à grands renforts de publicité et de communication ».

Evidemment, dans les rangs de la macronie, on défend par contre le choix d’Emmanuel Macron de se rendre en Ukraine. « C’est un message de soutien, nécessaire, important. Trois leaders européens, c’est très fort comme signal », a ainsi commenté le ministre délégué aux Affaires européennes Clément Beaune sur France Info. « Nous n’avons jamais été complaisants à l’égard de Vladimir Poutine, contrairement à d’autres partis », a encore avancé le ministre du gouvernement Macron, taclant sans les citer les partisans de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.