« C’est un héros de légende »: les Sud-Africains continuent de rendre hommage à Desmond Tutu

« C’est un héros de légende. Tutu a joué un rôle important dans ma vie, comme dans celle de tous les Africains », a expliqué à l’AFP Libane Serenji, artiste peintre. C’est un parcours « remarquable » qu’est venue saluer Antonia Appels, secrétaire à Pretoria.

Jeudi déjà, près de 2.000 personnes, de tous âges et de toutes couleurs, avaient défilé pour se reccueillir quelques secondes, d’un signe de croix ou d’un salut de la tête, devant la dépouille de Mgr Tutu.

Un orchestre de fidèles, dont un enfant à la trompette, ont accueilli en musique le cortège qui ramenait pour le deuxième jour le modeste cercueil en pin contenant le corps de « The Arch », célébré pour son rôle dans la réconciliation de la « nation arc-en-ciel » après la chute du régime raciste.

L’actuel archevêque du Cap, Mgr Thabo Makgoba, a répandu de l’encens autour du cercueil porté, comme la veille, par six prêtres. Des membres de la famille, notamment deux des filles de Mgr Tutu, la tête enveloppée dans des tissus de couleurs vives, s’embrassaient et se consolaient devant la cathédrale à l’arrivée du cercueil.

Le corps du prix Nobel de la paix, décédé dimanche à 90 ans, sera réduit en poussière par aquamation, une alternative écologique à l’incinération à base d’eau, a précisé à l’AFP le doyen de la cathédrale, le père Michael Weeder.

Ses cendres sont ensuite inhumées, « vraisemblablement dimanche », dans la cathédrale, a-t-il précisé.

Les drapeaux sont en berne dans tout le pays depuis lundi et la Montagne de la Table, qui surplombe la ville portuaire, est illuminée de violet chaque soir en hommage à Mgr Tutu. Les cloches de la cathédrale ont ont sonné toute la semaine à midi, pendant dix minutes, pour appeler les passants à penser à lui.

Pour ses obsèques, ni cérémonie ostentatoire ni dépenses somptueuses, le prélat avait laissé des consignes strictes. L’assistance à la messe devrait être limitée à une centaine de personnes, Covid oblige.

Archevèque du Cap jusqu’en 1996, Tutu mène des marches pacifiques, appelle à des sanctions internationales contre le gouvernement blanc de Pretoria, dont il dénonce la violence inouïe. Peu à peu, il devient la voix de Nelson Mandela, en prison à Robben Island, la police et l’armée le menacent mais sa robe lui épargne la prison.

Après l’élection de Mandela en 1994, le prélat est chargé de présider la Commission vérité et réconciliation (TRC) dont il espérait, grâce à la confrontation des bourreaux et des victimes, qu’elle permettrait de tourner la page de la haine raciale.

Desmond Mpilo (qui signifie « vie » en zoulou) Tutu laisse sa veuve, épousée en 1955 et que le pays surnomme affectueusement « Mama Leah », et leurs quatre enfants.