Brexit : les discussions entre Londres et Bruxelles semblent rester dans l’impasse

Les déclarations publiées de part et d’autre à l’issue de l’entretien démontrent le gouffre qui subsiste visiblement entre Londres et Bruxelles au sujet de la mise en œuvre de ce protocole. Maros Sefcovic, qui est chargé du côté de l’UE de veiller à la bonne application de l’accord de Brexit, confirme jeudi la volonté affichée par Londres de dénoncer dans les faits cette part de l’accord. « Que le gouvernement du Royaume-Uni ait l’intention de suivre la voie d’une action unilatérale reste une source d’inquiétude majeure » pour les Européens, indique le commissaire européen dans une déclaration publiée en milieu de journée.

Une telle « action unilatérale, équivalant dans les faits à ne plus appliquer un accord international comme le Protocole, n’est tout simplement pas acceptable ». « Cela minerait la confiance entre l’UE et le Royaume-Uni », met en garde le Slovaque, qui rappelle une nouvelle fois les solutions proposées par l’UE pour adapter la mise en œuvre du protocole sur base des problèmes remontant du terrain, en Irlande du Nord. « Nous avons clairement indiqué qu’il y avait encore du potentiel à explorer, dans nos propositions. Nous attendons encore une réponse du Royaume-Uni », ajoute Maros Sefcovic.

Les deux parties soulignent toutes deux jeudi avoir pour intérêt premier la préservation de l’accord du Vendredi saint et de la stabilité sur l’île d’Irlande. Mais leur interprétation des obstacles à cette stabilité diverge.

Liz Truss, chargée des questions post-Brexit côté britannique, souligne dans son compte-rendu, jeudi midi, que le protocole est selon elle « le principal obstacle » à la formation d’un nouvel exécutif en Irlande du Nord. Les unionistes du DUP (Democratic Unionist Party), récemment surclassés par les républicains du Sinn Fein aux élections législatives nord-irlandaises, sont de fervents détracteurs du protocole et de la « frontière » commerciale qu’il crée de facto en mer d’Irlande, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. Ils conditionnent désormais leur participation au gouvernement local à des modifications drastiques du protocole.

Selon Liz Truss, les propositions de Bruxelles seraient un « pas en arrière », avec « davantage de paperasse et de contrôles ». Londres a elle-même avancé une proposition de « canaux verts et rouges » pour les marchandises traversant la mer d’Irlande, affirme-t-elle.

« Si l’UE ne montre pas la flexibilité requise pour contribuer à résoudre les problèmes, nous n’aurons pas d’autre choix que d’agir, en tant que gouvernement responsable », ajoute encore la Britannique, brandissant donc la menace d’un abandon unilatéral d’une partie du protocole.

Selon le quotidien britannique The Telegraph, la nouvelle législation britannique pourrait être présentée mardi prochain. Des sources côté européen avaient laissé entendre mercredi que l’UE pourrait suspendre l’accord de commerce et de coopération conclu in extremis fin 2020 avec le Royaume-Uni, si Londres avançait de manière unilatérale.

À cet égard, ce jeudi marquait la première réunion de l’Assemblée parlementaire de partenariat UE-Royaume-Uni, qui a été créée par cet accord commercial pour, notamment, formuler des recommandations au Conseil de partenariat co-présidé par M. Sefcovic et Mme Truss. À cette occasion, le président de la délégation britannique, le député conservateur Oliver Heald, a dit croire en la possibilité d’un accord.

« Les deux parties doivent faire preuve d’autant de souplesse que possible pour arriver à un accord. Personne ne souhaite voir les problèmes s’aggraver. L’UE et le Royaume-Uni ont très bien fonctionné ces derniers temps, lorsqu’il s’agissait des sanctions contre la Russie, de l’aide humanitaire à l’Ukraine, du soutien militaire, ou dans le domaine de l’énergie. J’ai l’impression qu’on peut trouver un accord, donc essayons », a-t-il commenté.