Brexit: les députés accordent à Boris Johnson la tenue de législatives anticipées le 12 décembre

De haute lutte, Boris Johnson a fini par obtenir les législatives anticipées qu’il demande depuis des semaines. Indispensable pour retrouver une majorité, ce scrutin s’annonce aussi, pour le Premier ministre britannique, comme un pari risqué aux multiples inconnues. En cas de large victoire, Boris Johnson aurait les mains libres pour faire adopter l’accord de l’UE qu’il a obtenu à Bruxelles. Mais dans un contexte politique très mouvant, l’opposition pourrait s’unir pour faire dérailler sa stratégie, voire remettre en cause le Brexit.

La douloureuse et interminable sortie de l’Union européenne écrase tous les autres sujets dans la vie politique britannique, trois ans et demi après la victoire du « leave » à 52% au référendum de juin 2016. C’est justement pour sortir de l’impasse que ces élections sont convoquées. Elles se tiendront à peine quelques semaines avant la date désormais prévue (après trois reports) pour le divorce, le 31 janvier.

Fort d’avoir réussi à renégocier l’accord de sortie, Boris Johnson compte faire campagne avec la promesse de « mettre en oeuvre le Brexit ».

Le parti travailliste, principale formation d’opposition, veut obtenir en cas de victoire un nouvel accord avec l’UE et le soumettre à référendum, un rejet revenant alors à annuler le divorce. Le parti indépendantiste écossais SNP est également favorable à un nouveau référendum, tandis que les europhiles des Libéraux Démocrates souhaitent purement et simplement annuler le Brexit.

« C’est une élection avec deux choix: Johnson ou pas Johnson », résume John Curtice, professeur à l’université de Strathclyde, pour qui la tendance « est pour l’instant favorable » au Premier ministre. Les législatives constitueront le premier test dans les urnes pour l’ancien maire de Londres depuis qu’il a succédé fin juillet à Theresa May.

Le dirigeant conservateur s’est posé en champion de la sortie de l’UE. Il sera attaqué cependant pour ne pas avoir rempli sa promesse de mettre en oeuvre le Brexit le 31 octobre « coûte que coûte ». Il risque donc de perdre des voix aussi bien au sein de la partie europhile de son électorat, dans le sud de l’Angleterre ou l’Ecosse, que parmi les Brexiters les plus durs qui pourraient être tentés de rejoindre le nouveau parti du Brexit de Nigel Farage.

De nombreux « Tories » restent par ailleurs traumatisés par 2017, quand Theresa May, promise par les sondages à une large victoire, avait finalement perdu des sièges.

Le Labour s’est montré jusqu’au bout réticent à accepter des élections anticipées et la décision de s’y résoudre a été critiquée par certains députés qui craignent une lourde défaite. Avec ses positions très à gauche, son chef Jeremy Corbyn est une figure controversée au sein même du parti, également critiqué pour le manque de clarté de sa position sur le Brexit.

Lors des élections de 2017, Jeremy Corbyn avait cependant surpris ses détracteurs en obtenant un score plus élevé que prévu en centrant sa campagne sur le manque de moyens des services publics plutôt que sur la sortie de l’UE. John Curtice estime cependant qu’il faudrait « un miracle » pour que les travaillistes gagnent. « Mais on peut envisager un gouvernement Labour très minoritaire, qui serait alors totalement dépendant du SNP et des Libéraux-Démocrates ».

Dans la crise politique actuelle, les électeurs se positionnent de plus en plus en fonction du Brexit. Mais selon une récente étude du Britain Election Study, leurs intentions de vote sont très changeantes, accentuant l’incertitude. Entre les législatives de 2015 et 2017, un tiers des électeurs ont déplacé leurs voix d’un parti à un autre. Le niveau d’indécision se trouve « à un niveau exceptionnellement haut et sans précédent dans l’après-guerre », relève Matthew Goodwin, professeur de l’Université du Kent.