Brésil: la justice interdit les raids policiers dans les favelas de Rio durant la pandémie

La Cour suprême du Brésil a interdit vendredi les descentes des forces de sécurité dans les favelas de Rio de Janeiro pendant la pandémie de Covid-19, après des critiques contre des incursions policières meurtrières. Durant la crise sanitaire, les opérations de police dans les zones pauvres de la ville ne devront avoir lieu que dans des cas « absolument exceptionnels » et avec une autorisation préalable du bureau du procureur, a décidé le juge Edson Fachin.

« Des incidents récents ont rendu plus préoccupantes les opérations armées de l’État dans les communautés de Rio de Janeiro » et « la pandémie qui oblige les gens à passer la majeure partie du temps chez eux (…) en accroît les risques », selon un communiqué de la Cour suprême.

Le juge Fachin mentionne le cas d’un adolescent noir de 14 ans, Joao Pedro Mattos Pinto, tué le 18 mai dans la maison de son grand-père durant une opération de la police fédérale avec des agents d’élite de la Police civile à Sao Gonçalo, banlieue pauvre de Rio. Selon ses proches, les policiers à la poursuite de suspects ont fait irruption en tirant par rafales et en lançant des grenades dans la maison où l’adolescent jouait avec ses cousins. Plus de 70 impacts de balles ont été retrouvés sur les murs, les fenêtres ou les appareils électro-ménagers.

La police dit avoir transporté Joao Pedro en hélicoptère pour tenter de le secourir, mais sans prévenir sa famille qui n’a retrouvé le corps que 17 heures plus tard, à la morgue. « Rien ne peut justifier qu’un enfant de 14 ans reçoive plus de 70 tirs », estime le juge.

Malgré la pandémie, cet incident et d’autres similaires ont déclenché dans les favelas de Rio des protestations contre les violences policières. Le 15 mai, 13 personnes ont ainsi été abattues lors d’une même opération policière au Complexo do Alemao, ensemble de favelas du nord de Rio. La police a justifié ces morts en affirmant avoir réagi à une attaque de narcotrafiquants lourdement armés.

En avril, les forces de l’ordre de l’État de Rio ont tué 177 personnes, 43% de plus que lors du même mois de l’année dernière, selon les derniers chiffres officiels. Et les incursions policières meurtrières ont continué en mai. Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro est un ferme partisan des techniques policières agressives.