« Bloody Sunday »: reprise des poursuites pour meurtres contre un soldat britannique

Le 30 janvier 1972, 13 manifestants catholiques avaient été tués par des soldats britanniques lors de ce qui constitue l’un des épisodes les plus sanglants du conflit nord-irlandais.

Pendant trois décennies, celui-ci a opposé nationalistes, principalement catholiques, favorables à la réunification de l’île d’Irlande, et loyalistes, essentiellement protestants, attachés au maintien de la province sous la couronne britannique.

Après une première enquête, menée à la hâte, qui exonérait les soldats pour mieux accabler les manifestants, il a fallu attendre 2010 et la plus longue et la plus coûteuse enquête de l’histoire judiciaire britannique pour que soit reconnue l’innocence des victimes.

Le Premier ministre de l’époque, David Cameron, avait alors présenté des excuses officielles, qualifiant d' »injustifiés et injustifiables » les faits survenus ce jour-là.

En 2019, le parquet nord-irlandais avait engagé des poursuites contre le soldat F – ainsi désigné pour préserver son anonymat – pour deux des meurtres dont il est soupçonné lors du Bloody Sunday, ceux de James Wray et William McKinney et cinq tentatives de meurtre.

Puis en juillet 2021, le service chargé des poursuites pénales (PPS) avait annoncé leur abandon, avant que la Haute-Cour de Belfast n’annule cette décision en mars.

La procédure va à présent « reprendre », a annoncé jeudi dans un communiqué le directeur adjoint des poursuites publiques, Michael Agnew, relevant les « difficultés » et « problèmes juridiques complexes » posés par cette affaire. Une audience est prévue mardi prochain à Londonderry..

Pour justifier sa décision hautement controversée d’abandonner les poursuites, l’accusation avait invoqué un risque d’effondrement du dossier à la lumière d’une décision sur l’admissibilité des preuves dans une autre affaire de meurtre liée aux « Troubles » impliquant deux anciens soldats britanniques.

Mickey McKinney, frère de William McKinney, s’est félicité de la reprise des poursuites, espérant un procès « sans délai ».

La question des poursuites liées au Bloody Sunday avait été au coeur des commémorations du cinquantenaire en début d’année.

Le gouvernement britannique, vilipendé de toutes parts pour son projet d’abandonner toutes les poursuites liées au conflit nord-irlandais, a finalement amendé son projet pour ne réserver l’immunité qu’à ceux qui coopèreront, sans véritablement convaincre davantage.

L’annonce de la reprise des poursuites intervient au moment de la publication des résultats du recensement selon lequel les catholiques sont désormais plus nombreux que les protestants en Irlande du Nord, qui marque un basculement historique de nature à encourager les partisans d’une réunification de l’île d’Irlande.