Biélorussie : les Européens mettent la pression sur Vladimir Poutine

Les dirigeants européens ont appelé mardi Vladimir Poutine à faire pression sur le président bélarusse Loukachenko, dont il est un allié essentiel, pour favoriser un dialogue avec l’opposition qui proteste pour la 10e journée consécutive contre les résultats de l’élection présidentielle.

Vladimir Poutine, plus proche partenaire de Minsk et dont l’attitude sera cruciale pour l’issue de la crise, a eu trois conversations téléphoniques séparées avec son homologue français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil européen Charles Michel.

M. Macron a appelé Poutine à « favoriser l’apaisement et le dialogue » au Bélarus tandis que Mme Merkel a souligné que Minsk devait « renoncer à la violence » et entamer un dialogue avec l’opposition. M. Michel a lui appelé à un « dialogue pacifique et véritablement inclusif ».

Le Kremlin a de son côté averti à chaque reprise contre « toute tentative d’ingérence étrangère » au Bélarus et dénoncé la « pression » exercée contre les autorités de cette ex-république soviétique.

Le Bélarus doit faire l’objet mercredi d’un sommet extraordinaire de l’UE, avec à la clé une extension des sanctions déjà décidées la semaine dernière après la répression des manifestations.

Depuis l’élection contestée du 9 août, la pression ne cesse de monter sur le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Déclaré vainqueur avec 80% des voix, il fait face à des manifestations quotidiennes et à un mouvement de grève touchant plusieurs industries vitales à l’économie du pays.

« Système pourri » 

Réunies mardi devant le centre de détention n°1 de Minsk, près de 200 personnes ont souhaité un « joyeux anniversaire » en chantant à Sergueï Tikhanovski, 42 ans, mari de l’égérie de l’opposition et détenu depuis le 29 mai pour « troubles à l’ordre public ».

« Je suis venu soutenir les prisonniers politiques qui sont détenus derrière les murs de nos prisons. Des gens absolument innocents », a déclaré à l’AFP Anatoli Vaïtikovski, 53 ans.

Vidéo-blogueur en vue, Sergueï Tikhanovski avait fait acte de candidature à la présidentielle et mené campagne contre Alexandre Loukachenko avant d’être remplacé au pied levé par son épouse après son arrestation. En détention provisoire, il encourt plusieurs années de prison.

Depuis la Lituanie où elle s’est réfugiée avec leurs enfants, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a dénoncé dans une vidéo publiée sur YouTube les accusations visant son mari comme fabriquées de toutes pièces afin qu’il « se taise et ne participe pas à la campagne électorale ».

« Toutes ces injustices flagrantes et cet arbitraire nous montrent comment fonctionne ce système pourri, dans lequel une personne contrôle tout », a déclaré Mme Tikhanovskaïa. « Une personne maintient le pays dans la peur depuis 26 ans. Une personne a volé leur choix aux Bélarusses ».

Svetlana Tikhanovskaïa, professeur d’anglais de formation, avait rassemblé des foules de sympathisants à ses meetings et obtenu le soutien d’autres opposants. Elle rejette les résultats officiels donnant Alexandre Loukachenko gagnant et dénonce des fraudes.

Après avoir appelé le chef de l’Etat à abandonner le pouvoir, elle s’est dite lundi prête à gouverner le pays.

Un « conseil de coordination » pour la transition du pouvoir a été formé à cet effet par l’opposition, dont la première réunion doit avoir lieu dès mardi. Il doit notamment comprendre Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature.

Manifestations, grèves, démissions

Après l’élection, quatre soirées de manifestations avaient été matées par la force par la police, faisant au moins deux morts, des dizaines de blessés et plus de 6.700 arrestations. Le ministère de l’Intérieur a fait état mardi d’un troisième décès, un jeune homme heurté par une voiture alors qu’il manifestait.

Les personnes détenues ont fait état de passages à tabac et tortures.

Dimanche, l’opposition a organisé le plus grand rassemblement de l’histoire du pays avec plus de 100.000 participants et lancé un appel à la grève qui a été suivi dans plusieurs industries d’importance, tel que le producteur de potasse Belaruskali ou une usine de fabrication de véhicules-lourds (MZKT), où M. Loukachenko a été chahuté lundi par des ouvriers.

Une autre manifestation a été organisée mardi en soutien au théâtre académique d’Etat de Minsk dont le directeur Pavel Latouchko, également ancien ministre de la Culture, a été limogé pour avoir appelé publiquement à de nouvelles élections et au départ de M. Loukachenko.

Premier diplomate bélarusse à soutenir publiquement les manifestants, l’ambassadeur de Minsk en Slovaquie Igor Lechtchenia a lui annoncé sa démission mardi.

M. Loukachenko, 65 ans, a de nombreuses fois rejeté l’idée d’un départ, assurant encore lundi qu’il ne transmettrait jamais le pouvoir « sous la pression et pas par la rue ». Il a décerné mardi plus de 300 médailles à des membres du ministère de l’Intérieur « pour un service impeccable ».