Barcelone ciblée par des manifestations indépendantistes: un clasico contre le Real à « haut risque »

Un clasico sous haute surveillance: dans un contexte politique brûlant, le match de clubs le plus suivi du monde entre le FC Barcelone et le Real Madrid, ce mercredi à 20h00 (19H00 GMT), a transformé l’enceinte du Camp Nou en forteresse.

Des patrouilles, des fouilles poussées, un cordon de sécurité… Toutes les précautions sont prises pour que cette affiche pour la première place du championnat espagnol se tienne sans accroc… malgré le lourd contexte politique et populaire.

Ciblée par des manifestations indépendantistes, la rencontre, initialement prévue le 26 octobre à Barcelone, avait dû être repoussée pour « raisons exceptionnelles » selon la fédération espagnole de football (RFEF), en raison d’incessantes mobilisations et de violents heurts en Catalogne.

Deux mois plus tard, le clasico va bien avoir lieu dans le bouillant Camp Nou et ses presque 100.000 places.

Les manifestations autour de l’enceinte ont rassemblé quelques milliers de personnes, qui ont bloqué la circulation près du stade dès 16h30 dans une ambiance plutôt festive, sous l’oeil des forces de l’ordre… mais ont laissé les bus des joueurs passer, comme demandé par les indépendantistes de Tsunami Démocratique.

Les deux équipes sont arrivées en bus au Camp Nou sur les coups de 18h00 (17h00 GMT), surveillées par deux hélicoptères dans les airs.

La mystérieuse plateforme a d’ailleurs annoncé quelle sera son action gardée secrète jusqu’alors: « Attention! Que personne n’entre sans sa banderole #SpainSitAndTalk (Espagne, assieds-toi et dialogue, en anglais, ndlr). Il faudra les brandir à la fin de l’hymne du Barça et jusqu’au début du match », a-t-elle annoncé sur Twitter, en fin d’après-midi.

Un lâcher de ballons gonflables noirs devrait aussi avoir lieu au Camp Nou à l’initiative des indépendantistes, qui comptent ainsi dénoncer les balles en gomme noires tirées par les policiers pour réprimer leurs manifestations.

« Un simple match de football »

Pour contrer la « concentration massive » appelée par cette plateforme, les forces de l’ordre ont déployé un dispositif lourd, avec plus de 3.000 agents de sécurité postés autour du Camp Nou, dont mille policiers.

Dès ce mercredi matin, des agents ont patrouillé autour de l’enceinte, afin que les équipes, les arbitres et les supporters puissent entrer sans problème et assister à ce match jugé à « hauts risques » par les forces de l’ordre.

« C’est un simple match de football », a tenté de dédramatiser l’entraîneur madrilène Zinédine Zidane, mardi. « Il se dit beaucoup de choses autour mais en fin de compte, ce que les gens veulent voir, c’est un bon match de football. »

Même appel au calme pour son homologue du Barça, Ernesto Valverde: « Les gens pourront assister au match de manière libre. C’est tout ce que l’on demande: qu’il y ait du respect pour tout le monde », a-t-il souhaité mardi soir.

Un clasico à l’accent français

Avec une audience mondiale estimée à plus de 650 millions de téléspectateurs selon la Liga, le monde entier aura les yeux rivés sur ce clasico — y compris le sélectionneur espagnol Luis Enrique, qui assistera à l’affiche de son ancienne équipe contre le Real –, alors que les deux équipes sont à égalité avec 35 points chacune en tête du championnat d’Espagne.

« Plus qu’un clasico », « Plus qu’un match », se sont accordés à leurs Unes le quotidien sportif catalan Mundo Deportivo et L’Equipe, en France. « C’est un simple match de football, mais c’est le meilleur match du monde », a pour sa part résumé Marca, le quotidien sportif le plus lu en Espagne.

Malgré l’absence d’Eden Hazard, James Rodriguez (Madrid) ou Ousmane Dembélé (Barcelone) par exemple, certaines des plus grandes stars de la planète football seront sur la pelouse mercredi soir.

Avec en tête de cortège, le duel très attendu entre les deux meilleurs buteurs actuels du championnat espagnol (12 réalisations), l’Argentin Lionel Messi, couronné d’un sixième Ballon d’Or le 2 décembre, et l’avant-centre français Karim Benzema, qui marche sur les traces de la légende Raul au Real Madrid, accompagné de Gareth Bale et d’Isco sur le front de l’attaque merengue.

Un clasico à l’accent français marqué, avec cinq français titularisés: Clément Lenglet et Antoine Griezmann côté Barça, et Raphaël Varane, Ferland Mendy et Karim Benzema côté Madrid, en plus du technicien Zinédine Zidane.

Ce dernier, de retour en forme avec deux buts lors des deux dernières journées de Liga, est habitué aux joutes contre le grand Real Madrid quand il évoluait à la Real Sociedad (2009-2014) ou à l’Atlético Madrid (2014-2019). Mais il vivra son premier clasico sous ses nouvelles couleurs « blaugrana » avec le Barça, qu’il a décidé de rejoindre l’été dernier.

« Un jour incroyable, très important » pour lui, a confié le champion du monde français.

Fiévreux sur le terrain, dans les gradins et en-dehors du stade, ce clasico entre les deux géants et rivaux espagnols aura des répercussions qui dépasseront le simple cadre du football.