Au Venezuela, capturer Nicolás Maduro ne suffit pas à libérer.
Emmanuel Macron a déclaré que le peuple vénézuélien était « débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro », tandis que Donald Trump a affirmé que Washington était « aux commandes » du Venezuela depuis l’enlèvement du dictateur. Selon l’ONG Foro Penal, il y a environ 700 prisonniers politiques du système Maduro, et jusqu’à présent, « pas de répression accrue des libertés individuelles ni de libération » n’a été observée.
Le peuple vénézuélien est-il réellement « débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro », comme l’a déclaré Emmanuel Macron en réaction à l’intervention américaine ? Le président français a probablement agi trop rapidement. Dans un premier temps, Donald Trump a affirmé que Washington était « aux commandes » du Venezuela suite à l’enlèvement du dictateur samedi.
Pourtant, « ça n’a pas encore changé grand-chose puisque l’équipe politique du régime autoritaire est toujours en place », souligne Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen et auteur de **Venezuela : de la Révolution à l’effondrement** (Presses universitaires du Midi, 2023).
### Une équipe toujours en place
Delcy Rodriguez, 56 ans, ex-vice-présidente de Nicolás Maduro depuis 2018, a été investie lundi en tant que présidente par intérim par les institutions de son pays. Si « personne ne sait vraiment ce qu’il va se passer et quelles sont les ambitions » de l’appareil au pouvoir, « la capture de Nicolás Maduro ne suffit pas, à elle seule, à libérer la population d’un appareil autoritaire qui s’est endurci au fil des années », prévient Xavier Calmettes, maître de conférences à Avignon Université.
« Depuis 2013, la répression s’est nettement intensifiée, tandis que la base populaire du madurisme s’est progressivement rétrécie », ajoute-t-il. À bien des égards, le régime actuel semble plus verrouillé et plus répressif que celui de l’époque Chávez. Les Vénézuéliens de la diaspora, représentant un quart de la population, adoptent d’ailleurs une position d’attente face aux incertitudes concernant l’avenir du pays, tout comme les Vénézuéliens sur place, pour qui la vie quotidienne reste inchangée depuis samedi dernier.
### Pas de démocratie en vue
Le risque, c’est un durcissement du régime autoritaire, même si, pour le moment, aucun mouvement n’a été observé dans un sens comme dans l’autre. Il n’y a pas eu de répression accrue des libertés individuelles ni de libération des quelque 700 prisonniers politiques sous le régime Maduro (selon les chiffres de l’ONG Foro Penal cités par **Le Monde**).
Donald Trump n’a pas une seule fois prononcé le mot démocratie lors de sa conférence de presse, contrairement au terme pétrole, note-t-il. À la différence de l’invasion de l’Irak en 2003, ici, les États-Unis ne cachent pas leur véritable intérêt derrière les frappes ayant visé Caracas : mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Ce que cela pourrait changer pour la population, c’est un appauvrissement plus profond de l’économie, malgré les promesses illusoires de Trump sur un ruissellement de richesses à venir pour les Vénézuéliens. « Le chavisme version Maduro laisse une économie en ruine et, surtout, des structures de contrôle et de coercition profondément ancrées dans la société », abonde Xavier Calmettes.
### Une étroite marge de manœuvre
Delcy Rodriguez, en contact avec les États-Unis bien avant l’offensive américaine selon des informations de presse, a d’abord prononcé un discours offensif samedi en qualifiant Nicolás Maduro d’« unique président » d’un Venezuela prêt à « se défendre ». Son ton a cependant rapidement changé, évoquant « un agenda de coopération » dès le lendemain. « Toute ouverture l’expose toutefois à des critiques virulentes au sein du camp chaviste, où certains qualifient déjà cette perspective d’ »infâme ». Si elle va trop loin, elle risque de provoquer une fracture interne, voire une tentative de renversement », alerte Xavier Calmettes.
Bien qu’elle ait été la numéro deux dans la ligne de succession, Delcy Rodriguez n’est pas irremplaçable. Dans une coalition où les divisions affaiblissaient déjà l’unité affichée derrière Nicolás Maduro et où les militaires exercent toujours une influence, sa marge de manœuvre est extrêmement réduite.
Parallèlement, les menaces de Washington l’obligent à « passer par une voie étroite pour éviter à la fois la contestation de son propre camp et l’escalade extérieure », explique Xavier Calmettes, alors qu’il semble peu probable également « d’envisager l’organisation d’élections dans ce contexte de menace militaire », précise Thomas Posado. Cela, malgré les ambitions de la prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, qui a déjà affirmé vouloir « rentrer le plus vite possible » dans son pays pour y organiser des élections libres qu’elle se voit remporter haut la main.

