Au procès des attentats de Paris, Salah Abdeslam clame son innocence : « Je n’ai tué personne, je n’ai blessé personne »

Moment clé du procès des attentats de Paris, Salah Abdeslam principal suspect et seul survivant du commando ayant fait 130 morts, va être interrogé ce mercredi pour la première fois depuis l’ouverture du procès en septembre. Son audience, prévue sur deux jours, portera sur les faits qui se sont déroulés avant 2015 et sur sa radicalisation.

Sa mère, sa sœur et sa fiancée de l’époque devaient également être entendues mais ne le seront finalement pas. Les deux premières ont décliné l’invitation et la dernière n’a pas répondu à la justice.

« Je n’ai tué personne, je n’ai blessé personne même une égratignure je ne l’ai pas fait », a spontanément déclaré l’accusé au début de la séance. « Depuis le début de cette affaire, on n’a cessé de me calomnier », a ajouté le Français de 32 ans.

« Ensuite, je constate que dans les affaires de terrorisme, les peines prononcées sont extrêmement sévères. À l’égard de personnes qui n’ont parfois pas tué, ni blessé. Je comprends que la justice veut faire de moi et d’autres personnes des exemples. J’aimerais qu’on envoie un autre message », continue-t-il. « À l’avenir, quand un individu se retrouvera dans un bus ou dans un métro avec un valise d’explosifs et qu’il se dira au dernier moment qu’il n’a pas envie de le faire, il saura qu’il n’a pas le droit de faire demi-tour parce qu’il sera pourchassé, humilié comme je le suis aujourd’hui. Il y a un autre message que vous envoyez quand vous punissez des personnes qui n’ont ni tué nié blessé, mais qui ont su faire marche arrière ».

« Toucher des civils, c’était pour marquer les esprits »

Salah Abdeslam tente ensuite d’expliquer son parcours. Il affirme avoir voulu aller en Palestine et en Syrie, mais avoir abandonné en raison de ses « attaches en Belgique ». Selon lui, son adhésion à l’Etat Islamique remonte au départ de son frère en Syrie, qu’il prétend ignorer à l’époque. Interrogé quant à ses liens avec Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats, Salah Abdeslam assure « très très bien » le connaître. Il assure qu’il était « son meilleur ami ».

Le président l’interroge sur les vidéos de propagande de l’EI et demande si Salah Abdeslam adhère à ce genre de pratique (ndlr; décapitation). « Je ne peux pas répondre par oui ou par non. En France, avant que Mitterand n’abolisse la peine de mort, il y avait aussi des décapitations. Et des personnes étaient pour, d’autres étaient contre », lance-t-il alors. Et d’ajouter que les attentats de l’EI sur le sol européen avaient pour but de « se défendre de la coalition qui bombardait et qui menaçait les frontières de l’EI ». « C’est une opération militaire de s’en prendre à une salle de concert ou à des restaurants ? », demande alors président. « Ils ont travaillé avec les moyens du bord. Ils ont répondu à l’agression de la France et de l’Occident. Toucher des civils, c’était pour marquer les esprits », estime le Français.

Salah Abdeslam évoque ensuite les paroles de l’ancien président François Hollande. « Ce qui est grave monsieur le président, c’est quand François Hollande a dit ici au procès : « Si je pouvais revenir en arrière, je referais la même chose ». C’est insupportable d’entendre ça », estime-t-il. « C’est à cause de lui qu’on est là aujourd’hui ! ».

Deux jours d’interrogatoire

Son premier interrogatoire sur les faits depuis l’ouverture du procès, le 8 septembre, est prévu sur deux jours. Il ne sera questionné que sur la période antérieure à septembre 2015.

La cour va notamment interroger Salah Abdeslam sur son basculement dans la radicalité, lui qui avait une réputation de « fêtard », adepte des casinos et des boîtes de nuit. Il devrait être aussi entendu sur le séjour en Syrie de son frère Brahim – futur tueur des terrasses parisiennes – début 2015, et sur son ami Abdelhamid Abaaoud, qui deviendra le coordinateur des attentats parisiens. La cour devrait également tenter de faire la lumière sur un mystérieux voyage que Salah Abdeslam a lui-même fait en Grèce l’été suivant, avec l’un de ses coaccusés.

Il était resté mutique de manière quasi constante pendant l’enquête, mais a pris à plusieurs reprises la parole depuis l’ouverture des débats, notamment pour justifier les attentats. Depuis le début des interrogatoires des 14 accusés présents devant la cour à la mi-janvier, deux d’entre eux ont exercé leur droit au silence. L’un d’eux, le Suédois Osama Krayem, était de nouveau absent du box des accusés mercredi, après un bref retour mardi.